Faux bi
(haute couture)
Si quelqu’un(e) vient voir un psychanalyste, c’est parce que quelque chose cloche. ». Il ne se contente pas d’être là, s’interroge quant à sa présence sur terre. « Combien d’organes un corps possède-t-il ? Lesquels sont sexuels ? A qui appartient mon nom ?, dit-il. Mais s’il pose ces questions, c’est qu’il manque de réponses. Mais le psychiatre les invente car, pour lui, c’est par le manque à savoir que tout commence.
Il y a un trou dans le réel et pour ne pas risquer de disparaître dedans, un tel couturier prend son fil et son aiguille pour coudre son patient et tisser en passé empiété son propre mythe. Il échafaude son client autrement, lui accroche une forme symbolique. Il partage avec lui au besoin certaines théories sexuelles infantiles pour tenter de lui reconfigurer son origine – bien plus pertinente que la petite graine.
Chirurgien baroque et pataphysique, il fait penser l’autre par lui et l’inscrit selon les lois précises de sa propre jouissance. A quel autre saint se vouer ? Certes, la sensation devant lui est vacillante mais il est tour à tour mère, corps, langage et re-père selon une entité entre l’humain et l’inerte. Il remplit les énoncés de ses patients et les plongeant dans son IA. Expert, il donne ce qu’il ignore et tout ce que l’autre n’a pas. Pour celui-ci, il devient son double plein de soignance en restant le plus autre des autres.
jean-paul gavard-perret
Photo : Louise Dahl-Wolfe