Gérard Berréby, L’Imparfait du subjectif

Gérard Berréby, L’Imparfait du subjectif

Pour l’auteur, « la menace frappe / un monde cerné de toutes parts / où la / souffrance ne fait que croître/ jeunes et vieux / sans distinction aucune / exposés aux fléaux ». Dans le courant des vers sans ponctuation ni majuscule, des poèmes libres tissent le récit d’un conflit à la fois général et intérieur. Et si tout est ambivalent, il n’en faudra pas moins tout dire. Le serein comme le sombre, l’équilibre et le déséquilibre.
La profondeur et la richesse que l’on peut trouver dans les choses se heurtent continuellement au malaise, à la confusion, à la noirceur et à la solitude de l’existence. Puis, doucement, tout s’illumine. L’unicité et la beauté des gestes, du phrasé, du corps féminin, la magie des noms, des visages, apportent quelques nuances d’apaisement même si perdure l’impossibilité de dire tant les mots deviennent abandon à la sérénité et au brouillard.

L’Imparfait du subjectif rappelle que l’imagination reste le refuge le plus sûr à la poursuite du vent en un chant sans plus de paroles « de l’autre côté du cerisier / jamais visible tout entier ». Et ce, depuis des milliers d’années où les choses, les jours, les formes, loin du présent, se retrouvent – ou se rêvent – dans« un livre de pierre immensité indéfinie ».
Il reste fébrile et inquiet à l’approche de l’hiver là où la nuit « les chats sont verts / et s’emmêlent / dans les lianes de glycine ». Un peu plus tard, le reste suit. Face aux abîmes en louant l’insolence de l’étoile filante. Avant de s’effacer, la beauté ne disparaît pas. S’y éprouvent le plaisir de sentir son poids et celui de la masse de l’âme. Contre le vertige de la chute, elle reste fougueuse et attentive loin du monde à l’entour.

Existent là un acte en avant et la projection de mémoire d’une histoire ancienne à combattre avant son extinction et avant de crier« adieu crapaud doré ».

Gérard Berréby, L’Imparfait du subjectif, éditions Allia, 2023, 128 p. – 7,50 €.

Laisser un commentaire