Eva-Maria Berg, Apprendre à respirer & Une brèche dans l’eau
Quand sourd la beauté
J’aime la poésie d’Eva-Maria Berg. Car elle ne triche pas avec les mots et qu’elle refuse tout lyrisme de l’emphase. « Obsédée » – écrit-elle – par la lumière, elle doit fermer les yeux car cette puissance solaire entraîne un aveuglément et un effacement des images. Mais si la lumière avale la vue, les mots ne la désagrègent, pas. Toutefois, un tel face à face est compliqué et dangereux : il ne faut retenir que les mots qui ne (nous) lâchent pas. Dans ce but, la poétesse distille le langage pour ne retenir qui ce qui y arrive.
Une telle poésie nécessite un travail énorme : il convient d’écrire l’air non seulement pour le respirer mais retenir ce qui reste. Mais ce n’est pas facile de le déchiffrer. En effet, chaque page est trop petite pour l’espace. L’auteure la déchire car souvent chaque feuille de papier « prend trop de place / vide ». Mais c’est dans ce territoire que la poésie et l’être humain existent.
Refusant tout logos, symbole, cette poésie de résistance intime devient essentialiste par son minimalisme. Et ce, par le don et la grâce d’une écriture qui ne cherche pas à charmer mais à dire. Dès lors, Eva-Maria Berg est aussi une expressionniste « pour aller jusqu’au bout » de ce que le regard frappe sans parfois être capable ou obligé de lui répondre, mais pour tenter de partager la beauté de la vérité d’une telle créatrice. C’est donc une esthétique et un existentialisme là où tant de poètes se contentent de sacrifier à la facilité de l’impressionnisme.
jean-paul gavard-perret
Eva-Maria Berg,
– Apprendre à respirer (avec Colette Ottmann), L’Atelier des Noyers, Perrigny-Lès-Dijon, 2024, non paginé – 15,00 €.
– Une brèche dans l’eau, Editions Pourquoi viens-tu si tard ?, Nice 2025, 110 p. – 12,00 €.