Emmanuel Tugny, Albe au noir
Ceci n’est pas une recension
I.A. me dit qu’Emmanuel Tugny est l’auteur d’un recueil de poésie qui s’inscrit dans un vaste corpus littéraire, en se concentrant spécifiquement sur le thème de l’érotisme. Pas folichon ce qu’elle raconte l’I.A. ! Le titre du recueil est Albe au noir. Albe vient d’albus, blanc en latin, blanc au noir, c’est gris donc, me dit l’andouille assise à côté de moi qui suis au café. Elle ajoute que c’est mézigue (L’Albe contient également des illustrations de Jacques Cauda, ajoute-t-elle) qui a illustré la Belle.
Je me souviens, j’étais toujours au café, j’y passe ma vie, j’y ivre ma vie, café où l’on dansait à la canne quand j’ai reçu l’invitation à dessiner de monsieur Tugny. Un café où l’espace était resserré tel un corset fait pour la baignade. C’était un dimanche (comme à la Grande-Jatte), je crois d’ailleurs que c’était à la Grande-Jatte, à la jointure du précis et de l’indécis comme les pages mobiles de cette Albe. Outre la danseuse à la canne dont on voyait les jambes sur la toile du croqueton bordée d’un faux cadre sous lequel on passait la tête haute, on y voyait aussi Jacques C. (c’est encore moi) avec son air canaille pris dans la soie noire des jambes de l’effeuilleuse, à multiplier les lignes de gaîté voire de bandaison sautée ou pincée à la taille comme lors de la contredanse de l’anglais contry dance.
Menuet champêtre gavottant le foin, l’humus comme un ver au creux de l’entrecuisse déshabillée – aussi leste que le plaisir est souple au regard quand une main sur la verge lâche merveille et foutre et dessin ! Ô rythme lascif agité par les beaux tordions aux abois pris dans l’axe d’un éventail, etc, etc.
Ce sont les premiers mots dessinés qui me sont venus quand j’ai lu les débuts de l’Albe au noir. Ça démarre comme ça : « Sa pommette ombre des saphirs sous la blondeur éteinte et son orme chaulé de frais se fend très hardiment quand la porte s’ouvre sur l’ombre… » : ça bande immédiat, on dirait du Brantôme ou du Sigognes et ses bubelettes (des boutons d’amour très roses) ou du Marc de Papillon (j’aime tant ce parler bégayement mignard que je l’œilladais mi-nue échevelée) ou du sieur Motin (Prestez-nous pour nous resjoüir au moins le trou de vos oreilles)…
Des trous partout itou chez Tugny, des glaires du cru, des doigts fumassiers, du cul reprisé, du poil aménagé pour l’aisance et la sudation, du musc au bidet, du théâtre épris de lisier, du sang chiffonné de saillie, du ventre d’âne, de l’os à carne nu, de l’empyrée de fouffe (à qui la nuit suce le cœur), de la nudité d’abord, de l’étoile salingue, et de la canine plantée dans l’hostie !
Ça se bouffe à donf tellement c’est good et bamboche ! Fernand Fleuret qui a écrit un Sixième Livre, ô pastiche de Rabelais, n’a pas mieux fait ! Et pourtant l’ouvrage sorti des presses en 1933 pour la maison Moët et Chandon qui fabrique des bouteillons comme le sçait un chacun à s’en faire péter le ganivet, l’escriptoüère, la grattoüere, le descrottoüère, l’escofignon et le bourrabaquin, ne lésinait pas lui aussi sur la viande et le lexique !
Mais rien, des bubelettes comme disait l’autre, en comparaison de l’Albe, ce grand germe d’amour et de Cypris, qui donne son cul au centuple et toujours fort à propos se trouve et se retrouve en posture ! Haut la bite ! Et bravissimo à Tugny !
jacques cauda
Emmanuel Tugny, Albe au noir (illustrations Jacques Cauda), Ardavena éditions, poésie, 2025, 148 p. – 15,00 €.