Danielle Helme entre l’espace et le temps – Entretien avec l’exploratrice

Danielle Helme entre l’espace et le temps – Entretien avec l’exploratrice

Passionnée, Danielle Helme est habitée d’un sentiment vital : à savoir la liberté. Il est lié à la nature et la nature humaine qui coexistent dans son imaginaire et sa création, le tout avec l’analyse et la description de la réalité. » Engagée dans le livre, sa défense, son illustration elle publie Enfin la respiration de la mer (2001) pour créer un langage d’exigence « malgré la solitude, le doute et la pesanteur, malgré le mutisme et les déchirures du présent. » (Préface de ce livre par J-P Spilmont).
Mais la créatrice, en évoluant (toujours), sait jouer avec les mots par et pour l’intelligence . Avec Dans le cirque conférence, L’Abécédaire des insectes célèbres, Poèmes du père sévère, Glossaire du ça, Temps modifié, C’est curieux j’ai le trac, elle impulse le pur esprit non conventionnel de la poétesse. Quoique plus grave lorsqu’elle a écrit un roman Le Radin, la narration conserve les mêmes piliers et ne manque pas de sel. Chez elle, le jeu des mots n’est jamais gratuit : ils traquent « Le temps naturel du vivant de la nature, le temps qui s’écoule sans nous, le glacier, la falaise, la rivière. Je n’exclus rien, m’ouvre au chant comme au cri. », dit l’auteure.

Mais elle garde toujours un aspect primesautier non sans alacrité (bien au contraire). Pour elle, le temps reste essentiel, lié, cousu à la nature. Pour le plaisir et pour le sens Danielle Helme y lifte son cœur qui chavire dans les roulis visibles ou invisibles. Son écriture demeure son écho. A certaines heures du jour et de la nuit. Plus justement, « avec le temps » malléable et douloureux parfois, mais qui avance vers l’inconnu. C’est pourquoi l’auteur l’arpente, elle sait qu’il n’est pas mathématique.

A lire : « temps modifié » (Edition de l’Aigrette).

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La perspective d’un excellent petit déjeuner, tout en écoutant la même radio depuis 40 ans. Ensuite, j’ouvre mon travail en cours. C’est un besoin. Cela ne s’apprend dans aucune école. La quatrième symphonie de Gustav Mahler rythme mes écrits depuis plus de vingt-quatre ans.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
À 7 ans, j’étais inventrice et trapéziste. Je suis poète et romancière, une façon d’être les deux. À la fois inventrice et une acrobate des mots, en équilibre instable.

Quelle est votre première lecture ?
Enfant j’ai lu en cachette un livre de ma mère sur la vie de saint Louis. Ce fut une révélation, car je ne m’intéressais pas aux livres jeunesse. Plus tard, à 16 ans quand j’ai lu « L’étranger » de Camus et « La condition humaine » de Malraux, j’ai eu à nouveau une révélation.

A quoi avez-vous renoncé ?
La liste est longue. À des personnes. À la haute montagne.

D’où venez-vous ?
Née à Dijon, de parents dauphinois. J’ai habité Lyon. Enfance à Gap. En permanence des pauses de vacances sur les contreforts du Vercors, à 12 kilomètres de Grenoble et dans le parc des écrins dans la famille. À Grenoble, 15 ans. Puis l’Ardèche du Sud, 23 ans. Grenoble, centre-ville à nouveau pendant 20 ans. Je viens donc, de toutes ces régions. Maintenant, Montpellier où je me partage entre mer et étangs.

Qu’avez-vous reçu en dot ? qu’avez-vous reçu en héritage ?
L’amour de mes racines, des montagnes de mon père et sa grande volonté.

Qu’avez-vous dû plaquer pour votre travail ?
Une région de pleine campagne en Ardèche et une belle qualité de vie.

Un petit plaisir quotidien ?
Je suis passionnée. Donc j’ai des obsessions. En musique, en marche. Mais cela me procure énormément de plaisir dans la durée. Et c’est cela qui m’inspire.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres écrivains et artistes ?
Dans chacun de mes livres, la nature, la nature humaine sont sacrées. J’explore des formes différentes, en suivant mon chemin d’écriture : une poésie du dedans, l’Oulipo, abécédaire, la poésie jeunesse et le roman réaliste. Idem pour la peinture et le dessin. Des dessins rigolos jetés à toute allure, sur le papier, en noir, rouge et vert, pour un livre jeunesse. Ou encore, dénuement extrême des visages, des formes, comme embuées et mis à jour sans le prévoir. Également, une série d’autoportraits.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Très souvent, Gustav Mahler, Olivier Messiaen, Éric Satie. Également la musique des films de Wim Wenders. Ainsi que pour la chanson : Véronique Sanson. Louis Chedid.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Il n’y a pas de vérité stricte, j’ai beaucoup relu pendant de nombreuses années de Rilke, « Les cahiers de Malte ». De René Char, « Recherche de la base et du sommet ». Et de Fernando Pessoa, « Le livre de l’intranquillité ». Qui m’ont accompagné durablement. Mais c’est du passé, je découvre et m’emballe continuellement pour de nouveaux auteurs.

Quel film vous fait pleurer ?
Le film documentaire « carré 35 », par Éric Caravaca.

Quand vous vous regardez dans le miroir qui voyez-vous ?
La petite fille de 11 ans de la photo, qui est toujours la même. À mon âge avancé, je la vois sans m’en rendre compte.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Au poète, dramaturge et mélomane, Jean Tardieu, que j’adorais.

Quelle ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La beauté prodigieuse de Delphes. La suspension du temps, à travers l’harmonie des ruines des temples et théâtre en lien avec notre histoire. Avec, le point de vue sur la mer d’oliviers plusieurs fois centenaires. Dans ce site plusieurs fois millénaire, on touche du doigt l’énergie qui se dégage toujours du nombril du monde.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez la plus proche ?
Pour le roman, principalement Joyce Carol Oates, Lydie Salvayre, Laurent Mauvignier. Et tellement d’autres auteurs contemporains. Et des scientifiques comme Etienne Klein. Pour la poésie, les auteurs Éric Sarner, Patrick Laupin, James Sacré, Peter Handke. En dramaturgie : Tennessee Williams, August Strindberg, Andrzej Stosiuk. Pour les artistes : Alechinsky, Zao Wou Ki, Rembrandt toujours. Pour le cinéma : de Marcel Carné à Wim Wenders et François Ozon.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
La présence des êtres que j’aime et qui m’aiment, c’est le plus important.

Que défendez-vous ?
Un engagement pour l’égalité femmes/hommes. Je donne des conférences sur Philis de la Charce, dans différentes structures. C’est une héroïne dauphinoise du XVIIe siècle, qui a résisté.

Que vous inspire la phrase de Lacan : l’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ?
Je répondrai par une citation de Jean-Paul Sartre : « La fleur de l’illusion produit le fruit de la réalité. »

Que pensez-vous de celle de W. Allen : la réponse est oui, mais quelle était la question ?
Je ne suis pas encore atteinte d’Alzheimer, pour oublier la question. Le plus souvent j’ai un sourire qui dit oui. Mais j’apprends à dire OUI.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
La réponse est oui, mais quelle était la question ?

Présentation et entretien intempestif par jean-paul gavard-perret, pour lelitteraire.com, le 1er février 2025.

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