Catherine Mainguy et les rumeurs de la vie – entretien avec l’artiste

Catherine Mainguy et les rumeurs de la vie – entretien avec l’artiste

Il n’y a pas que la pensée qui ait besoin de liberté. La peinture aussi. Elle doit à la fois re-présenter en osant dénuder la langue plastique « classique » qui se prête à tant d’éloquence plutôt que de la sacrifier. Catherine Mainguy – après avoir fait ruisseler des silhouettes – se concentre sur la « visagéité » (Beckett), à savoir ce qui déplace le portrait vers l’indicible. L’artiste prouve qu’il n’existe ni de oui, ni de non dans la peinture. Juste le silence, l’existence, ses failles, ses résistances.
L’enracinement n’est ni dans le ciel ni dans la terre : dans la peinture. Ses lignes de démarcation, ses pans. Tout trait figure et défigure. Défigure l’oubli, dénude le désir. Réverbération. Incidence. Limite. Toujours reportée plus avant, reconduite en l’espoir d’un seuil volatil. Preuve que la vie n’a rien à rendre. On rend tout à la vie.

Catherine Mainguy, Habillage de patience, Déshabillage de désir. Galerie C. Mainguy, Lyon 1er, montée de la Grande Côte.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Tout « ce »et « ceux » que j’aime.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Présents et en devenir.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien.

D’où venez-vous ?
De si loin que je ne m’en souviens pas.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’ouverture d’esprit.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Oui, le chocolat.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je préfère évoquer ce qui nous rapproche : une recherche, une énergie créatrice, une libre circulation d’idées.

Comment définiriez-vous votre approche du corps ?
Evolutive.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Un portrait de Dora Maar, de Picasso : j’avais 5 ans, ce fut une révélation. Je comprenais alors qu’on pouvait « exprimer », et pas juste « représenter ». J’ai décidé que je serais artiste ce jour là !

Et votre première lecture ?
« Le Petit Prince ».

Quelles musiques écoutez-vous ?
Très éclectique : en passant par du trip hop, la chanson d’auteur, du jazz, du reggae, selon l’humeur. En ce moment c’est plutôt doux , j’écoute beaucoup Yann Tiersen, Arthur H, Ray LaMontagne, Agnès Obel …

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Dur de faire un choix, j’en citerai 2 : « Esthétique de la disparition, de Paul Virilio ; et dans un autre genre « Exercice de style » de Raymond Queneau.

Quel film vous fait pleurer ?
« Les ailes du désir » de Wim Wenders.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Le reflet d’une partie de moi.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A quelqu’un en particulier…

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
L’univers.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
En premier lieu de ceux avec lesquels j’ai travaillé comme Corinne Héraud, Bénédicte Dussère, Eric Lacombe, Vincent Tavernier, Nicolas Favre, Florian Eymann, Fred Calmets, Sébastien Layral, Guillaume Ducreux et ceux que je vais côtoyer bientôt… Pascale Parrein, Magdalena Lamri, et Thierry Carrier. Car le partage d’une œuvre, d’un art, passe aussi par l’humain.
D’autre part, beaucoup d’artistes m’inspirent, me « nourrissent ». Autant des artistes plasticiens « purs », que des artistes plus ancrés dans une démarche : du moment que la plasticité accompagne le sens. Par exemple, j’aime le travail des artistes féminines Alison Bignon et Camille Moravia, où le fond n’en est pas sans être accompagné de la forme.
Plus largement, je me sens proche des artistes qui travaillent avec leur cœur, leurs tripes, et de l’engagement.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
La même chose que pour les autres jours.

Que défendez-vous ?
La liberté d’expression et plus globalement : la vie.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Donner sans rien attendre en retour. L’Amour est la clé.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
?

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
C’est une bonne question, mais quelle est la réponse ?

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 23 décembre 2016.

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