Catherine Andrieu, Tenir la vibration
Quo Vadis
Catherine Andrieu se réclame de son histoire intime et douloureuse, de ses connaissances littéraires et philosophiques et aussi de ses chats, de la musique et du piano. Son œuvre échappe aux théories bruyantes, opaques. On peut donc rentrer directement en contact avec elle.
Composant avec les forces subies et les aspirations sans réponse, Tenir la vibration est une solution et une ascèse. La poète, face à la sempiternelle pénombre, tente d’aller vers la lumière du vu, du connu, du caché. Ses textes deviennent des suites d’échos et de scènes visuelles là où par exemple, et écrit-elle, « Il y a dans cette scène quelque chose d’intemporel. Le sable n’est pas un décor. Chaque grain porte la trace d’un passage. Chaque vague efface sans effacer. La mer ne garde pas des formes, mais garde l’élan » Et l’auteure perçoit ses vibrations.
Face à une certaine solitude physique, elle recrée le monde à travers diverses poses et un jeu magnifique de couleurs et de son. Elle passe du visible à l’invisible, du macrocosme au microcosme. La notion d’obscure clarté prend tout son sens en des espaces offusqués où s’enchaînement des enchaînements inédits. Ils ouvrent vers des spéculations d’ordre métaphysiques dont son chat lui-même est le témoin engagé.
Se crée ainsi une hypnose loin des convulsions. Ce sont désormais les vibrations qui provoquent de légers dérapages intimes sur un plasma invisible, associées à une idée de lumière et de vie là où chaque poème en prose de ce livre est un lieu physique pour “ installer ” véritablement un lieu psychique bien au-delà d’un simple art du réalisme représentatif. Jaillissent des entropies, une tactilité contre le vide, entre l’épaisseur de la mer et la légèreté de l’air.
jean-paul gavard-perret
Catherine Andrieu, Tenir la vibration, Z4 éditions, 2026, 58 p. – 12,00 €.