Catherine Andrieu, Les griffes d’Obsidienne
Catherine Andrieu poursuit sa légende de la femme absolue aux cheveux de neige avec sa panthère. Elle est suivie et observée par l’enfante blonde dont la narratrice est le double. Êtres et objets deviennent plus qu’étrangers dans un monde cosmique et forestier là où les quatre éléments de l’univers sont le bréviaire d’une femme. Dans un tel conte, de paradoxaux veloutés et voluptés s’ébauchent dans un clair-obscur et un peu d’ombres, de rondes et de croches car l’auteure bat au rythme de l’univers, la peur, la joie et l’espérance accouplées dans l’instant d’une mort qui s’éternise.
Cette recouvrance prend la force d’une évidence et tout viol est un coup de couteau dans le bas ventre. L’enfante presque narratrice se noie dans le brouillard, mais celle qu’elle a perdue brille. Elle ramasse ses promesses de jadis même si elle s’est donnée à l’inconnu du saut. Ici, mythe et vérité se confondent pour retrouver un temps « mort » contre celui qui n’a pas cessé d’être.
Et de fait, pour Catherine Andrieu, écrire un tel livre, c’est se défier du ciel orthonormé et bien sûr se souvenir d’une journée de solitude qui aurait dû être accompagnée et pleine. Par ce conte « engagé », la poète a aimé dans les soupirs et les larmes. Mais quelle peine tourmente cette enfant qui lui ressemble ? Celle qui devient sa propre insécable solitude.
L’écrire, ce serait pleurer sans raison. Mais, larmes omises, ici les pages s’éclairent dans le silence du mythe, sa contemplation et le saut dans l’inconnu(e). D’autant que Catherine Andrieu connaît mieux que tous les autres poètes les nuances, la valeur des connotations, l’importance du contexte, celle de la syntaxe (parce que la place dans le tissu du texte est au moins aussi importante que le choix du mot…), etc. Mais ce n’est pas seulement cela. Pour l’écrivaine, la poésie est plus qu’une collection de beaux mots et voie plus qu’une oraison spécifique : une descente dans les profondeurs de la psyché et ses troubles.
Dans ces expériences d’écritures surréalistes et existentielles, le mot n’a pas seulement un emploi décoratif, de bel emballage, mais un rôle de création, il est directement impliqué dans des expériences risquées. A la différence du peintre ou du musicien, une telle auteure préserve comme matière première des vocables. Preuve qu’une poète via la légende avoue ses chagrins d’amour et d’autres sortes, mais aussi ses sensations esthétiques, et – pourquoi pas – ses réflexions philosophiques.
La parole n’étant plus considérée simplement comme un véhicule, l’essentiel pour l’auteure oblige qu’elle soit magique et sensible en produisant bien des effets sur nous.
jean-paul gavard-perret
Catherine Andrieu, Les griffes d’Obsidienne, Préface de Patrick Cintas, Rafael de Surtis éditeur, Cordes sur Ciel, 2024, 40 p. – 18,00 €.
