Caracole des hélix sires
(Prendre son pied)
La vie des escargottes escamote celle des hommes. Leur reptation énerve l’époque car elle dérange et contrarie la vision dominante du récit de l’Histoire. Par elle, la violence n’existe pas. Chaque être flâneur devient un d’enquêteur qui cherche à repérer l’empreinte de tels humiliées avant de faire disparaître leur effacement. Finalement, ces gastéro-potes sont cueillies pour être mangées.
Toutefois, notre pensée doit se mesurer à ce qui leur résiste et dont ne reste même pas une cicatrice de leur processus. Notons que, chez les bigornettes volages et coquettes, existent du réalisme et l’imagination dans leur fidélité. Sans gestes nombreux et inventifs, elles inversent notre sens de l’Histoire.
Ésope ou La Fontaine le rappellent : « N’effacez plus leurs traces », preuve que leur déambulation signe leur manière d’apparaître en sillons et vestige. Sous leur lourde coquille, elles voyagent en abandonnant une bave constructive de souvenirs et de fantasmes. Exilées à l’intérieur, elles arpentent le monde mais restent un des trésors inemployés que la nature dépose en elle.
jean-paul gavard-perret
Photo : Denise Bellon