Alexandre Courban, Rue de l’Espérance, 1935

Alexandre Courban, Rue de l’Espérance, 1935

Le récit débute le samedi 8 décembre 1934, quand Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité, retrouve dans un bistrot Luigi Balzola, secrétaire du syndicat de métaux chez Gnome et Rhône, une société fabriquant des moteurs. Le second renseigne le premier sur la situation des salariés dans cette partie de la métallurgie.
Le lendemain, le commissaire Bornec est appelé à la station Campo-Formio où une élève infirmière a découvert le corps d’un homme poignardé dans le wagon de première classe. La victime est vite identifiée. Il s’agit d’André Legendre, dessinateur industriel à la société des moteurs Gnome et Rhône depuis 1927.
Chez lui, Bornec découvre dans son modeste logement, une table à dessin et de nombreuses maquettes d’avions. Mais, en avançant dans ses recherches, le commissaire va de surprise en surprise car c’est une affaire qui dépasse rapidement le simple fait divers…
Gabriel Funel et Camille Dubois, déjà rencontrés dans Passage de L’Avenir, 1934 (Folio – 1038) enquêtent en parallèle sur les conditions de travail des métallurgistes et perçoivent, dans ce meurtre, le symptôme d’un malaise social profond.

L’intrigue s’installe dans le Paris de 1935, à un moment charnière entre la montée des luttes sociales, la structuration du mouvement ouvrier et le climat politique préfigurant le Front Populaire. Parallèlement, c’est le développement de l’industrie aéronautique, un secteur qui est devenu très stratégique, où la concurrence fait rage.
Le romancier place, au cœur de son récit, la lutte des classes, les conditions de travail et le quotidien de ces catégories sociales laborieuses. Il illustre les rapports entre police et presse, les manières d’enquêter souvent concurrentes, mais en fait, complémentaires pour atteindre la vérité. La violence politique n’est pas masquée, les meurtres se multiplient. Il installe également une dimension internationale avec les ingérences – déjà à l’époque ! – de différentes structures pour des besoins militaires. Il explicite de belle manière la manière dont l’Italie mussolinienne prépare son intervention militaire pour, officiellement, mettre un terme au désordre qu’elle a elle-même crée et envahir l’Éthiopie. C’est la même recette utilisée actuellement par des dictatures pour justifier leurs occupations illégales que ce soit en Europe de l’Est, au Moyen-Orient….
Mais l’auteur montre, dans cette France de 1935, les manipulations de chaque camp, leurs intérêts, leurs angles morts et leurs mensonges.

Alexandre Courban fait revivre ce climat avec précision, citant les rues, les journaux, les sociétés, les usines, les réunions politiques, les ambiance des quartiers. Autant document historique que roman policier, c’est une immersion dans une ville en ébullition, portée par une documentation remarquablement mise en œuvre.

Alexandre Courban, Rue de l’Espérance, 1935, Folio policier n° 1066, mars 2026, 288 p. – 9,50 €.

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