Antonin Artaud, Chiote à l’esprit, suivi de Je n’admets pas

Antonin Artaud, Chiote à l’esprit, suivi de Je n’admets pas

Ici, l’exaspération et l’horreur sont l’apogée des vrombissements du jouir d’Artaud. Des esprits, sa coupe est pleine et ils la remplissent encore. Mais c’est là un contresens parfait à ce qu’Artaud demandait dans une affirmation essentielle. Face à sa langue qui pénétra « en fureur au couteau dans les plâtras d’insectes spermateurs, les corps fluidiques des provocateurs en montagnes coloriées, l’apaisement du coiffeur, le docteur Thévenin, le dieu détaché de jamais rien », dans ce brulot de 1947 c’est (encore) une métamorphose du langage et de logos.

Dans ces pages incandescentes, les lanières du feu d’Artaud tissées en torsades de langues dans le miroitement de la terre ouvrent un ventre mou, « mais le feu bâille par-dessus », précise Artaud. Il copule « par le derrière » toutes idées d’idées et les tarit. Eloignée d’une langue poétique fleuron de ses contempteurs, il trouve là l’énonciation de bègues face aux modèles de la pensée et leurs souverains poncifs. La parole soufflée de leur « comment dire » n’est en rien le contraire d’un « comment ne pas dire » si bien que leur « comment-taire » retourne au silence. C’est ce qu’Artaud illustre.

Pour lui, l’esprit est une imbécillité, une idiotie car « nous venons de là où c’est mou / c’est pourquoi ça dort, / ça poutoune » . Il faut donc toute la méchanceté du monde pour quitter de faux esprits et atteindre le vrai corps. La langue d’Artaud, dans sa couleur intense, ne singe pas, elle transfigure à coup d’anathèmes et de violence. Elle retrouve par le saccage un souffle par lequel l’auteur se rêve libre, immense et dense.

Antonin Artaud, Chiote à l’esprit, suivi de Je n’admets pas, illustré de gravures de José Guadalupe Posada, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2026, 48 p. – 9,00 €.

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