Alliés nés
Je cherche mes mots mais leur désir file comme un fleuve. Mes perceptions restent en rade et ne trouve pas ma langue. Dans les replis de son sexe féminin, j’espère l’abri, la pudeur. Restent les seins et les anges en images fixes ou animées de celle dont je rêve d’atteindre le ciel. sans nous réduire aux sentiments idéalistes.
Elle ignore le mépris – tant il est toujours méprise – mais nos images pensent autant qu’elles nous pensent : ça se fabrique, produit notre histoire, plan par plan. L’envie de notre montage est fait d’images qu’a priori nous n’aurions pas rapprochées. Les mots non plus.
Notre relation émerge grâce à la cryptique et la volcanique. Notre discours se lève en images muettes pour laisser leurs empreintes dans la psyché. Nous nous donnons du jeu. Je reste en apnée et ses larmes coulent de plaisir. L’automne en été, la nuit en journée nous passons de l’autre côté du langage – moteurs d’étoiles et énergies polaires. Parfois elle plaisante : « Cessez de m’aimanter».
Mais je traverse son miroir, sans le briser. Des mots s’échappent en lapsus, révèlent nos forces obscures – matière et continent, trou dans son miroir – voire fente palpébrale, meurtrière, passage secret mais bien plus qu’une (im)passe – une fois les mots lâchés.
jean-paul gavard-perret
Photo Saul Leiter