Sandrine Lefevre, Les méandres de la douceur
Mémoire pour le futur
Sandrine Lefevre doit sans doute tirer les rideaux pour les amours cachées mais son écriture élimine les grosssières ficelles. La vie est dans des plis de soi(e) et en énigmes.
Selon une secrète étrangeté, l’auteure accepte avec pudeur non seulement le vraisemblable mais la réalité. Elle rappelle que l’innocence est parfois une cruauté mais que les étreintes sont douces. Elles sont fondées sur son expérience et sa quête poétique initiatique qui affronte des falaises, lancent ses échos des vagues de l’océan qui déplie des raisons.
En une telle recherche du sens de l’amour, la poète ne redoute pas forcément l’orage mais elle sait entrer dans une chambre sur la pointe des pieds pour ne rien déranger. En conséquence, chaque poème réveille l’amour. Il lui donne du courage mais sans dégrafer le corsage des mots d’une telle amazone. Sous un dédale nocturne ou diurne, l’amour avance oubliant de possibles meurtrissures. Habilement, tout reste en suspens dès la source du premier vertige.
Seule l’auteure en connaît les secrets. Chacun(e ) se demande si tous les contes des fées peuvent se terminer en caresses. Reste à savoir qui est qui ? Qui voit ? Qui est là ? Où sont les autres ? Une diablesse parfois fait l’affaire. Mais la créatrice ne s’en soucie guère. Certains de ses mots démasquent – par déboîtement mais sans sornettes.
Existe là un monde. Des ombres rebondissent. On croît pouvoir leur donner des ordres. Mais si les fantômes changent, une telle femme leur indique comment prendre sa main. Et si parfois l’angoisse nourrit sa douve, la semence du ciel devient une haie vive sur le sable. Le doigt de la fée y décrit son cercle puis dessine son itinéraire. Il faut de la patience mais brillent déjà des voluptés.
jean-paul gavard-perret
Sandrine Lefevre, Les méandres de la douceur, Photo de Valérie Guévart, Editions La Centaurée, 2025, non paginé.