Sonallah Ibrahim, Turbans et chapeaux

Sonallah Ibrahim, Turbans et chapeaux

Un vrai faux roman historique

Il est parfois des hasards heureux dans le monde de l’édition. Tandis que la population égyptienne se sépare de son potentat grassouillet et sénile, voilà que l’un des plus truculents écrivains d’Egypte publie en France un désopilant roman qui, sous l’excuse d’une fresque historique, dresse autant une farce (à la manière de) qu’un impitoyable portrait de la classe politique locale. Et les jeux de situations rivalisent aux jeux de mots : il y a même un cheik Sadate, présenté comme un traître (faut-il y voir le définitif règlement de compte fait à l’ancien président assassiné dont le peuple n’a jamais pardonné d’avoir signé la paix avec Israël, seul dans son coin en oubliant tout le peuple arabe dans son ensemble, et les Palestiniens en particulier ?).
Ainsi donc sont présentés en parallèle du récit du célèbre chroniqueur égyptien de l’époque napoléonienne, al-Jabarti, témoin oculaire de la conquête de son pays par les troupes de Bonaparte (1798), des faits moins glorieux mais tout aussi évocateurs du climat de l’époque… Finalement pas si éloigné du nôtre…
Voici donc un vrai faux roman historique qui ne nous parle pas que de la campagne des soldats français mais qui dépeint à loisir toute l’histoire des relations orageuses entre Orient et Occident. Plaisir immense alors de lire entre les lignes grâce au talent de Sonallah Ibrahim qui retrouve ici tout le mordant qui avait fait de Cette odeur-làun vif plaidoyer contre le système féodal du régime de Moubarak (tout comme celui de Nasser d’ailleurs).

En effet, les Américains de 2003 qui envahirent l’Irak n’ont finalement rien à envier aux Français de Bonaparte qui brandissaient, eux aussi, de beaux principes qu’ils se sont empressés de trahir. Et dans les deux cas, avec la complicité de forces locales qui ont collaboré bien vite dès qu’ils pouvaient en tirer profit…
Toute présence étrangère profite aux tensions communautaires, ce que tout le monde sait et avec quoi tout le monde joue : certains résistent d’autres se comportent comme des voyous, d’autres encore en appellent au jihâd…
Et comme dans toute histoire d’Ibrahim, aucune force en présence, aucun personnage ne sera exempt de reproche ; y compris le jeune chroniqueur qui exprime à plusieurs reprises ses doutes et ses hésitations entre le turban et le chapeau (signe d’allégeance).

la redaction

 

   
 

Sonallah Ibrahim, Turbans et chapeaux, traduit de l’arabe (Egypte) par Richard Jacquemond, coll. « Mondes Arabes », Actes Sud, février 2011, 277 p.- 22,00 €

 
     

 

 

 

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