Jean-Philippe Blondel, G 229
Un prof, sa salle de classe, ses élèves. Des jours avec et des jours sans
La G 229, c’est la salle de classe qu’occupe Jean-Philippe Blondel, professeur d’anglais dans un lycée troyen. Le proviseur la lui a attribuée lorsque le jeune professeur a débarqué, à 25 ans, après son « concours de circonstances« , le CAPES, la tête encore pleine de projets d’ailleurs. Oui, il est bien décidé : ce poste n’est qu’un tremplin, il ne s’enterrera pas là, il deviendra « directeur d’alliance française en Amérique du Sud.«
Au fil des pages, Jean-Philippe Blondel raconte son métier, ses élèves, la salle des profs, les réunions parents-profs, les méthodes d’enseignement successives et néanmoins contradictoires, les préceptes… Une chronique des années qui défilent, pareilles et pourtant toujours différentes, car non, il n’a finalement pas rallié Cuenca en Equateur. Il est resté là, a vu passer des générations d’élèves et commence à songer qu’il finira sa carrière en G 229. Il aime son métier, et il le raconte avec un mélange de tendresse et d’humour, plus une bonne dose d’autodérision, qui lui permettent d’éviter l’écueil que l’on pourrait craindre de ce genre d’ouvrage : la litanie des complaintes de l’amoureux d’un métier que l’on assassine.
« C’est une institution, l’école. Vous entrez dans un bulldozer. Il faut arriver à en devenir membre sans perdre son individualité. Ce n’est pas aussi facile qu’on le croit, vous verrez. Le on et le je. Réfléchissez-y. bonne chance ! » (p 29). Tel est le discours du proviseur au débutant légèrement surpris. Mais Jean-Philippe Blondel, en professeur désormais aguerri et en auteur reconnu, construit néanmoins son récit autour du « on » et du « je » préconisés. Il entame donc ses chapitres en jouant sur ce conseil abscons – « On parle », « On écrit aussi », « On lit », « On s’engueule », « On se déplace », « On rit », « On s’ennuie », « On vieillit », « On vit » – en intercalant des chapitres écrits en italiques où il raconte des événements plus intimes, plus personnels. Un entrelacs logique, puisque, avoue-t-il : « À la maison, je suis quelqu’un. Ici, je suis le même – et pourtant irrémédiablement un autre. » (p 15).
L’ensemble fait de son roman un ouvrage attachant, auquel l’on pourra sans doute faire le reproche que lui-même fait à l’institution, à savoir l’utilisation récurrente de ce « prêchi prêcha gnagnagna« , autrement dit ce vocabulaire que seuls les initiés comprendront (et encore). Mais il y ajoute le subtil mélange de sarcasme ou d’ironie du prof à qui on ne la fait pas (on a beau être fonctionnaire et savoir « qu’un fonctionnaire, ça fonctionne« , on n’en perd pas son libre arbitre et sa capacité de critique) et de moments d’émerveillement sincères et touchants.
Et quelques maximes drolatiques et plutôt bien senties, comme : « On bâtit des châteaux en Espagne alors qu’on va en Angleterre » lors de la préparation du traditionnel voyage scolaire, pour ne citer que celle-ci.
Le résultat se lit avec plaisir, même si probablement ce sont ses collègues enseignants – et parmi eux les professeurs de langues, d’anglais en particulier, qui y reconnaîtront jusqu’aux cours préparés et aux réponses données – qui goûteront ou décrieront le plus cet ouvrage, le 9ème de Jean-Philippe Blondel.
Mais la plongée dans le quotidien de ces êtres étranges que l’on a tous côtoyés, admirés ou détestés, les profs, a en tout cas le mérite de leur rendre leur humanité, à une époque où ils ne sont plus que des chiffres.
agathe de lastyns
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Jean-Philippe Blondel, G 229, Buchet-Chastel, janvier 2011, 240 p.- 14,50 € |
