Bar il y a
Mon amante souveraine, ailée et moqueuse, garde tout pouvoir de dispersion de ses équilibres et d’érosion par sa danse. Jadis, elle venait dîner régulièrement dans une trattoria pour manger de la pasta asciuta obstinément enrichie. Ce n’était pas une célébration tranquille des choses mais des scènes du quotidien. Elle restait résistante au vertige en sur-jouant l’immobilité apathique mais en laissant toujours trembler un risque d’effondrement dès qu’allait choisir un fruit sur une pyramide de pêches, d’abricots et de fraises au bord de l’écroulement.
Depuis, sa magnifique insolence toise d’incongruités, pince-sans-rire sous son turban et ses lunettes, telle une spectatrice forcée à observer d’en dessous les hommes toujours prêts à lui tomber dessus. Mais elle reste pour moi délicieusement amphigourique par son défilé de chorégraphie et de segments plus ou moins proverbiaux rabotés pour enfiler ses perles verbales toujours prêtes vaticiner dans l’inepte pour tirer son diable par la queue afin de joindre nos deux bouts. Je reste à son sévice.
jean-paul gavard-perret
Photo : Gilles Elie Cohen