Jean-Pierre Otte, Sinfonia – La délivrante
Etre, sois
Sachant qui il est « sans plus appartenir à soi », Otte est dans l’égarement général et un des rejets de l’humanité. C’est malgré tout sa et notre gloire en spectre dévoré par le temps. C’est contagieux et les hallucinations nourrissent sa Sinfonia à la fois pour être en n’étant pas – l’inverse est vrai aussi. Otte ne craint pas de se faire du mal et dévore les ombres malgré lui avec trop de violence et surtout de tendresse pour les femmes qui le sauvent (lui et le monde) et de peur à l’ intérieur de son être .
Pour créer La délivrante, il marque la distance et les intervalles et les silences dont il a besoin. Sa meilleure version de lui se trouve dans ses livres où il lutté toute sa vie contre lui-même sans jamais éteindre le monstre qui l’habite. Mais il est ici assez lucide pour se connaître et essayer de rester fidèle au príncipe hassidique qui guide sa vie : ne pas nuire aux autres.
Son écriture est de plus en plus dense. L’auteur cherche alors dans la précarité de sa langue pour conclure que la porte de la délivrante, c’est vivre avec un amour acharné, féroce, farouche, persévérant, inlassable, ardent. Face aux chiens sauvages presque des loups, la vie pour lui devient sa scène miroir. Et ici, la vie (en filigrane de l’amour d’une femme) demeure de plus en plus une matière dense et mystérieuse. Et cela se passe dans l’espace de son silence intérieur qui marque son existence et dont il ne saura jamais plus que ça.
Il voit venir des vagues qui voudraient le couvrir complètement mais, quand elles se retirent un peu, il reste bouleversé et refusant d’être enseveli le long de son parcours. En guise de péril, nos émotions trop grandes supportent parfois le quotidien de son corps mais dans ce livre elles surgissent toutes. Malgré lui même mais à contre-mort, il continue d’écrire.
En une résistance ultime à la camarde, la vie le pousse a créer des corps qui ne sont que les nôtres unis à l’infini des temps humains et au-delà.
ean-paul gavard-perret
Jean-Pierre Otte, Sinfonia – La délivrante, Editions Douro, Chaumont, 2026, 106 p. – 15,00 €.