Jean-Claude Hauc, Le crâne de Sade

Jean-Claude Hauc, Le crâne de Sade

Hauc reste toujours un maître de la littérature. Il sait ménager ses effets. Et ici, le lecteur donne sa tête à couper même ou pourtant tout commence dans les gloria eu égard à son héros : « Un véritable tonnerre d’applaudissements éclata et se poursuivit pendant de longues minutes. Milan Durcet était demeuré devant son pupitre et savourait l’enthousiasme du public» suite à sa conférence sur le marquis de Sade et son attachement pour le D.A.F. et aussi le Vaucluse.
Mais très vite, Le Crâne de Sade roule du côté du roman policier non sans y pimenter du « road novel » et du récit initiatique. Et c’est du nanan pour un tel sorcier de l’écriture. Refusant de s’enfermer dans un genre particulier, le fanfaron transforme ses personnages en baigneur et poupées vaudous. Histoire de leur vouer un culte là où son récit ressemble aux diverses stations d’un rêve ou d’un cauchemar puisque abominations et extases se conjuguent dans l’hybridation ludique de cette narration.

Du rationnel, il n’est jamais vraiment question même si un certain réalisme se voudrait devenir métaphysique. Mais c’est une bonne occase pour inoculer des personnages des romans de Sade afin de mettre un certain bordel face à une idéologie littéraire pudique. Le romantisme se nomadise car pour Hauc il n’a pas le choix et de place ! Va pour les péripéties des névroses et anti-truismes contre le « moraline ».
Grâce aux dérives de dérèglements plus ou moins méditerranéens (de proche ou de loin), le roman s’offre des vacances dans la démesure. Et le siècle des Lumières selon Sade concubine désormais avec la Côte d’Azur là où ses deux malotrues (Ophélia et Juliette) tombent facilement dans la fièvre de l’escapade et leur fatigue eu égards certains sévices compris.

Divers consensus (FBI compris) cultivent certains abus là où l’esprit de Hauc vagabonde, imprégné d’ubiquité. Jour après jour, nuit après nuit personne ne renonce car tout peut appartenir à certains choix – douteux de préférences. Néanmoins, le héros et les héroïnes sont plus ou moins attentifs à la vie des autres. Ils gambadent, vont à l’amble dans le culte des écarts en échappant à bien des emprises.
Pratiquement hors d’atteinte (quoi que…), leurs situations sont parfois critiques là où la démocratie plus ou moins représentative respire quand et comme elle peut face au niveau de bien-être voire de bonheur de personnages qui tentent de passer entre diverses mailles. Aux situations critiques, répondent des savoir-faire parfois aussi fantasques qu’imprévisibles, au nom d’une cohérence défaite de la vision du monde.

De tels aventuriers traversent leur époque comme des somnambules, refusent tout point fixe. Ce qui se passe transcende peur, colère, risques quitte à agir mal pour le bien. Les gouffres ouverts sous leurs pas : c’est à peine s’ils les remarquent. Le tout pour saisir entièrement des tenants et des aboutissants.
Milan Durcet en ricane à son habitude, Ophélia – en robe de soirée largement décolletée, « son beau cou surmonté d’un crâne blanc » – permet d’afficher un sourire éternel. Si bien que Sade chemine à côté de cette nouvelle Juliette (elle en ressent une joie intense). Entre êtres et spectres, elle se retrouvera seule en mémoire des « assauts de quelque énorme braquemart qui la fourgonnerait jusqu’au cœur ». A elle pourtant d’avancer dans les labyrinthes que Hauc suggère après en avoir tant montré.

Dès lors : En avant, marre !

Jean-Claude Hauc, Le crâne de Sade, Tinbad Editions, Paris, 2026, 156p. – 17,00 €.

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