Joël Vernet, La vie aventureuse

Joël Vernet, La vie aventureuse

Errant pas excellence, Vernet pratique un art de la contemplation infatigable. D’autant que, chez lui, elle agit comme un rabot. Ses textes, fragments d’esprit, deviennent des copeaux enlevés du Dehors pour nourrir sa maison de l’être. Il annonce toujours que son dernier livre est dans le dernier silence et dans le dernier voyage (même si, de facto, après la Syrie, l’Afrique, les Balkans ses copeaux se sont accumulés
Pour preuve, il annonce que « La rumeur du monde retarde le silence à venir jusqu’ici et des bruits épars rôdent dans la maison. Je sursaute à la vue de ton image à l’angle d’une table où je ne m’assois jamais, travaillant au soleil, dans le plein air des jours. Tu m’observes, m’implorant de poursuivre l’aventure. » Mais, habile stratège, l’auteur assure que son livre n’a rien d’aventureux. Il se tient ailleurs : du côté d’une manière de vivre. A hauteur d’enfance, dans l’attention portée à ce qui passe inaperçu.

Afin d’y parvenir, Vernet écrit à la pointe de l’œil et l’oreille en écoute sur les abîmes avec un sens de l’aigu. La sensibilité extrême pour la ligne la plus fine, le goût d’inciser le soupir du vent afin de voir dedans, le jeu des interstices permettent après une phase contemplative la création de ces textes semblant venir d’un coup. Les mots se calent à leur juste place dans une poésie
Chaque rencontre, regard, remous est le langage immobilisé là où – fidèle à un de ses titre L’oubli est une tâche dans le ciel – Vernet rassemble les signes du monde qu’il fait siens même si, à l’image de la vie, il fait de sa poésie un interminable journal inachevé, inachevable.

Joël Vernet, La vie aventureuse, Illustrations de Vincent Bebert, Fata Morgana, Fontfroide le haut, 2026, 104 p. – 22,00 €.

Laisser un commentaire