Le jeu de go est lent
(Là où mes potes iront)
Quand le jeu de go est lent, tout cœur inapte au vol stratégique inéluctablement se serre tant la sensation d’impuissance est parfois vive, presque humiliante devant ce face à face selon une combinatoire abstraite. Et rien à faire qu’attendre sur l’enrobé en velours d’une chaise. Mais gare au gadin face aux gandins !
Devenant tricards du citron, à nous de hisser notre machine. Au besoin, sniffons un coup de Ventoline moins pour nos poumons que notre cerveau lent qui sue de ses trous quitte à leur coller des rustines.
Mais la plus douée que nous connaissons est une jeune femme fumeuse du chichon. Sous son chignon elle ne dit mot mais plastronne. Dans la salle, le mobilier a des bras qui l’enlacent. Les tentures rétrécissent l’espace, mais une telle beauté nous malaxe comme il faut, si bien que nous rougissons moins comme des innocents que des victimes massacrées si bien que nous défilons et filons, sortant en douce de la pénombre par la porte dérobée entre les rideaux et sa robe de couleur puce pour sa volupté et sa grâce.
De tout, nous retenons qu’elle sent bon dans la fumée furtive de sa bonne herbe qui saoule notre esprit. Nous osons parfois quelques coups taquins mais il n’y a jamais d’espace vu la profondeur vertigineuse de notre bêtise. Patiente, de ses lèvres gicle une glaire irisée au milieu de ses moires maculées de beuh.
Mais résumons : jouant la carpe rêvasseuse, elle fait frissonner les joueurs. Tous trouvent là un peu de grain à moudre et grignoter pour leur besoin épisodique de jouer. Esthètes de bureau, poètes épiques opaque et coupeurs de chevaux en quatre lui importent peu toutefois.
jean-paul gavard-perret
Photo de Shapiro