Eric Chassefière, Alors seulement s’ouvre la nuit

Eric Chassefière, Alors seulement s’ouvre la nuit

Il y a dans chaque nuit des verdicts. Mais plutôt que de les souffrir ou les accepter, leur poser de manière extrinsèque toutes les questions Eric Chassefière leur réplique. Parfois pour le salut, mais parfois pour la douleur à chaque arrivée du soi. Mais l’auteur lui rétorque au nom d ‘une « fleur au blanc » qui brille dans la nuit comme lumière et éclairage.
Le poète ne passe donc jamais la main à la nuit. Ecrire sur le blanc devient une révolte. Ce qui est devant la nuit n’a pas ici de sens. Mais ce que ces poèmes évoque passent pourtant par quelque part en soi et cela suffit pour écrire toute présence dans toute nuit profonde.

Chassefière l’approche, la décrypte. La poésie devient le lieu de change. Même ce qu’on n’y voit pas nous fait voir. Ce livre est donc lié à un monde que nous ignorons : rien de plus urgent que d’en tenter l’anatomie. Que et quand s’ouvre la nuit comporte un plaisir : douleur déplacée donc délivrance. Déplacement, retournement, projection. Le trajet de la langue de l’auteur va du réel au virtuel mais c’est, à la base, un trajet physique, un trajet dans le corps.
La difficulté d’en parler tient à ce réel et à ce virtuel. Il y a des glissements de l’un vers l’autre mais instantanés. Les mots réels et virtuels sont d’ailleurs approximatifs. Mais le sujet est moins de sortir de la nuit que de l’ouvrir par l’émission des formes et des couleurs qui traduisent et détournent un état « de nature » par un état psychique. Chassefière le fait, même si parfois les choses se compliquent. Mais tout s’animée par un imaginaire subsumé.

Dès lors, même si ce qui « va de soi » masque ce qui est, l’auteur va au plus profond. Il déplace. Et le déplacement incite au complet dépassement. Il fait surgir l’autre – notre double. Celui qui ne le dédouble pas (ce serait l’aliénation) mais nous rend plus pleins. En ce sens, il faut préférer la nuit au jour et le mystère du clair-obscur à la vérité illusoire de la lumière.

jean-paul gavard-perret

Eric Chassefière, Alors seulement s’ouvre la nuit, La rumeur libre, 2026, 160 p. – 20,00 €.

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