Mathilde Ribot, Aucun Dieu ne l’aura voulu

Mathilde Ribot, Aucun Dieu ne l’aura voulu

En 2021, dans un appartement, la police a découvert deux corps sans vie. Devant l’absence de trace d’effraction ou de violence, des autopsies ont été demandées et ont révélé que ces inconnus étaient morts de faim et de soif. Plus tard on a su qu’ils se nommaient Karine et Franck, qu’ils étaient frère et sœur et qu’ils avaient décidé de mourir ainsi.
C’est là que tout commence. Tout événement ininterprétable, dont aucune science ne pourra rendre compte, qu’aucun dieu n’aura voulu devient pour Mathilde Ribot un appel à l’écriture, à la littérature.

Elle a créé les éditions « Manucius » qu’elle dirige depuis plus de vingt ans. Elle vit aujourd’hui entre Paris et Biarritz. Mais dans ce livre, elle s’est attachée à poursuivre un sens qui échappe dans l’examen littéral de vies rêvées. S’y découvrent trois figures : la sainteté, le mal, l’innocence. Trois figures qui se déplient méthodiquement dans une écriture au cœur du simple, dans une existence sans révolte, comme un ultime acquiescement à la vie.
Par exemple, elle écrit, parlant d’un être cher : « Je ne m’en souviens pas, mais il paraît que dès le premier jour, le premier où il fut parmi nous, déposé dans le lit des “petits”, j’ai pris sa main, j’ai pris sa main pour ne plus la lâcher. Et aujourd’hui encore, plus de cinquante ans plus tard, je l’ai toujours dans la mienne, aussi fragile que ce 12 février 1972 ».

L’auteur essaye de penser à ce que les autres sont et qu’elle perçoit à travers la télévision ou la rue. Elle regarde depuis toujours très intensément ce qui lui est étranger. Elle imagine des vies sans pouvoir se les approprier. C’est étrange, comme un grand vide, comme un rêve qui serait interdit. Elle n’a pas d’envie particulière devant le grand cirque extérieur, mais saisit des fragments d’incomplétude, de la sensation inerte, une pièce manquante ou perdue. « Pourquoi sommes-nous ainsi restés à la lisière de tout ? c’est difficile à dire. Nous avons manqué de désir. Nous avons donc eu toutes les misères. », écrit-elle.
Elle se veut modeste mais sans être dans le besoin non plus. Ses voisins lui ressemblaient et elle n’a pas grandi avec la honte de n’être pas quelqu’un ou autre chose. En fin de compte, elle pense que personne ne réfléchissait vraiment à ce qui se passait sous ses yeux. C’était l’inverse, le temps qui filait empêchait tout.

Ses sept existences mêlées la débordaient. Elle décrit un maelström sans queue ni tête qui a tout dévoré. De fait, l’auteure a fait mieux que survivre mais tente de répondre à la question : c’est quoi exactement vivre ?

Mathilde Ribot, Aucun Dieu ne l’aura voulu, Atelier Contemporain, Strasbourg, 2026, 128 p. – 20,00 €.

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