Jean-Pierre Georges, Cependant
L’entêtement de soi – après tout
Jean-Pierre Georges poursuit son écriture et – syntaxe oblige – son « Cependant » est pratiquement une divine et drolatique surprise. Au « Pauvre H », pratiquement aspiré il renaît dans la logique pure de son Kant à soi – et plus lisible et drôle que l’Allemand. L’auteur se méfie de son pays et de l’Autriche qu’il fallait battre à tout prix au football pour être qualifié .
Parfaitement atrabilaire, se flattant de « sous nain » inspiré, il se cache avec, sur son sous-mains, des livres introuvables dont il nourrit sa poétique. Il ne peut envisager qu’en sage tibétain de choir en pseudonyme de Robin des bois. Et après tout, cela lui sied. Comme lui (et les papillons), il se dit provisoire et en sursis mais il soigne ses dévergondages pour continuer « la suite qui n’a pas encore commencé ». C’est donc tout un programme pour lutter contre la sale bête de l’anxiété.
Après tout, son insularité est peut-être la représentation charnelle la plus achevée de la joie dans son lieu qui devient l’antichambre luxurieuse d’un monastère. Bref, c’est son exil et son royaume. De là surgit l’expérience du mystère de sa propre et parfois « sale » personne. Il témoigne d’une vitalité philosophique pleine d’humour qui fait de lui un classique imprévu français. Il confronte son image face à la société et reste un excentrique-trafiquant d’un humour fracassant. Quitte à partager ses tares avec les brebis égarées que sont ses lecteurs. Mais il doit entretenir sa vérité par héritage, provocation, et bienveillance.
Jean-Pierre Georges devient un grand résistant lettré qu’il incarne merveilleusement, à sa manière dégingandée. Bref, c’est un Paul Meurisse de « L’Armée des ombres », de Melville, mais en moins romantique et l’humour en plus. Son imagination farfelue part en vadrouille histoire – entre autres – de rigoler. « Cependant » – et le mot reste phare – celane l’empêche pas de vouloir grandir sans se méprendre sur la fantaisie de ses occupations (facteur compris).
Jouant par fausse vanité, l’auteur aime se perdre parmi ses hauteurs fortifiées et cultive son inutilité qui n’est pas plus entière que ses rêves, vains. Il goûte à la mesure du temps comme à un feu d’aromates, contre quoi nous allons lentement nous consumer avec lui en vagabondant sur les sentiers de sa fête foraine (et qu’importe chutes et blessures).
Après tout, ses plaisanteries deviennent éternelles car elles ont la peau dure. Se ressent chez lui le plaisir d’écrire. Mais que faire d’autre, pour donner le change, voire soigner sa mauvaise réputation de bon à rien ? Plus que jamais – et bon atout – en l’état d’apatride à lui-même. Pour lui, rien n’est interdit. Et il n’a rien de mieux à faire que de ne jamais douter de la fibre libre de son langage comique, toujours plus proche de la vie en renversant ses valeurs.
Va pour la telle valeur d’une telle cause perdue ! Georges refuse la satisfaction des bavardages pour préférer la lumière du rire que nous révèle l’ombre de certains calvaires. Les siens et les nôtre aussi.
jean-paul gavard-perret
Jean-Pierre Georges, Cependant, Tarabuste éditions, 2026, 140 p. – 15,00 €.