Jean-Louis Giovannoni, Ici déjà plus
Où ? et si ?
Le titre bouscule les normes et les règles du temps. Il devient une forme d’ellipse de condensation. Ni reflet, ni pur objet sensible ou intellectuel, le titre nous rapproche de l’insoutenable proximité de quelque chose qui ne peut plus se nommer reflet. La poésie porte entre le sentiment de la perte et de la reconnaissance du creux et du plein. Et l’auteur de préciser : « Nos mots annoncent la forme du silence que nous occuperons un jour ; fermés sur nous-mêmes, parmi les babillements incessants du monde ».
Il s’agit d’explorer l’espace : « Les pierres semblent s’en arranger, quant aux océans, ils ne peuvent s’empêcher de bruire », écrit l’auteur en une méditation entre son for intérieur et le monde est alors entre fermeture et ouverture.
Peu à peu, nous devenons fantômes mais l’auteur cherche à s’ajuster au monde et ses choses en une sorte d’avancée à rebours en reprenant « le chemin des mots » pour comprendre qui et où nous sommes (ou devenons) pas loin des disparus – et dans un passé empiété, il rapièces nos blessures et leur trou.
Il s’agit de tenir malgré les voix de ceux qui sont partis – mère comprise. Il rameute ses souvenirs, son enfance corse. « Ici déjà plus » les soulève . D’où ce travail du deuil qui avance en ce voyage en retour dd’une paradoxale naissance par son écriture qui touche l’intérieur d’un corps. Sa masse fermée/ouverte jaillit et ose aborder une forme de pudeur sans provoquer l’outrage basique mais la vérité du« qui je suis» et du « si je suis » de Beckett, entre le silence intérieur et la fureur du monde.
jean-paul gavard-perret
Jean-Louis Giovannoni, Ici déjà plus, vignette de couverture : Jean-Michel Marchetti, Editions Unes, Nice, 2026 – 19,00 €.