Véronique Bergen & Jacqueline Devreux, Femmes sens dessus dessous
Les indices cibles
Jacqueline Devreux s’intéresse aux femmes – dont elle. Elle crée pour elles des podiums de leur intimité influencée par le concept de « Persona » cher à Jung. La créatrice montre comment chaque femme joue de son masque, parfois sans pouvoir l’enlever ou à l’inverse en s’offrant avec abandon devant l’artiste.
C’est une manière de montrer le dessous des cartes pour celle qui propose des embrasures qui font moins spectacle qu’elles interrogent le regard. Elle remonte le cours de l’identité de pantins en déglingue. Ils possèdent la tristesse de fantôme en une approche qui n’a rien de maniériste. Pas d’art pour l’art : le réel est retourné pour la découverte de ce qui se passe derrière. D’où la réinvention de l’intime des passeurs de rêves plus ou moins déboussolés.
Véronique Bergen rappelle que Jacqueline Devreux donne à voir ce qui ne peut être exprimé ni expliqué – peut-être parce que l’indicible s’apparente souvent à l’invisible et au creux et volumes qui existent dans le visible. Chaque prise devient une mise en abyme d’une autre histoire, d’autres désirs et « figures ».
Surgissent des mouvements de la chair et du textile de femmes toujours en évolution vers le plaisir, une autre dimension. La plasticienne ne cherche plus qu’à éveiller les sens, mais par un enchevêtrement profond par effet de caresse frontale.
Toute l’attention portée par l’artiste à l’être s’exprime par sa technique. Son but n’est pas d’informer mais d’évoquer. « Ce que je cherche dans l’image c’est l’autre visage », écrit Hadley Hudson. Jacqueline Devreux y réussit.
jean-paul gavard-perret
Véronique Bergen & Jacqueline Devreux Femmes sens dessus dessous, éditions K1L 2026, 100 p., 20 exemplaires – 120,00 €.