Valéry Molet, Crépuscule du Chaos – Essai sur le cœur astrologue de Nietzsche

Valéry Molet, Crépuscule du Chaos – Essai sur le cœur astrologue de Nietzsche

Olivia-Jeanne Cohen, directrice de la collection « Impatiences », a trouvé en Valéry Molet son auteur de rêve et le partenaire idéal pour un « asinus asinum fricat » (même s’il existe entre Nietzsche et lui une troisième variable). Au philosophe « boche » dixit l’iconoclaste, celui-ci attribue une réussite littéraire et un tour de force philosophique. De la théorie de la relativité, celle de Nietzsche n’a rien de restreinte.
Par ses implications, Molet contribue à une théorie nietzschéenne joviale (et pour cause vu leGai Savoir). Un tel esprit mordant propose une perception et une réflexion perturbatrice, anti-démagogique et voire polémique pour le plaisir dans sa liberté de registre et le traitement de la question à cœur ouvert – même astrologiquement.
En conséquence, quoi de plus beau prétexte pour un essayiste que Nietzsche ? Molet s’en donne (lui aussi) à cœur joie en se dégageant du « déjà tout » des avocats du philosophe qui tentent de le ramener à un juste milieu dans les palais de leurs spores et rhizomes douteux. Mais que Dieu en préserve l’auteur ! (Même si Dieu est mort).

Bref, il ajoute de la foudre sur les orages et les montagnes du penseur. Son essayiste reconnaît chez lui « son âme bien préparée dans l’adversité, » même s’il espéra « dans la prospérité un sort contraire ». Mais pour lui, le philosophe est un Jupiter toujours utile à relire dans notre période difficile. car pour faire écho, Molet devient un Apollon qui réveille une telle muse à moustache qui l’amuse par ses ensembles et indices parfois en fragments.
Pas question pour son prédicateur de réduire la voilure du philosophe dont les textes furent écrits bien avant « la période durassique ». Il cueillait, lui, des « marguerites ressemblant à des tuyaux d’arrosage ». Le néant s’y enroule mais Molet en farcit la doxa du chaos même si – selon Marinetti « Nietzsche avait « une façon régalienne de penser, d’opiner, de rêvasser ». Mais son futurisme garde une autre envergure en rameutant le flux incessant de ses vagues qui arrivent sans se retirer en une pensée par bascules.

Celui qui fut qualifié d’expert en choses inexistantes sort de sa tombe grâce à un tel fossoyeur inversé. Il laisse le chercheur idéal loin des académismes et en devient le collègue. Comme lui, il considère « la réalité comme une vérité esthétique, c’est-à-dire une illusion nous permettant d’affronter la vie ». Preuve que le but de la littérature et de la philosophie est de transformer moins la réalité en mensonge qu’en formes d’écorchements des évidences pour « entendre » l’existence.
Patrice Jean, dans sa postface du texte de Molet, rappelle que toute morale est un addenda charmant même pour « s’en foutre plein les fouilles » (C.S . Lewis). Preuve que rien n’est plus simple que de s’approcher des religions et des philosophies afin de prouver que, sous l’éclatement apparent, la morale n’est pas si différente selon les aires géographiques, la loi des siècles et la richesse des civilisations. De quoi nous donner des frissons dans le dos.

En conséquence, Molet assure que Nietzsche « a littéralement assassiné qui j’étais » et l’a vomi. Mais non sur lui : sur tout. D’où ce recours à suivre un tel micro-pote magicien des données des logos (Spinoza compris). Et ici, il est fort à parier que comme son maître, l’essayiste devient l’incorrigible sans croire à l’Un sans mépriser les autres. Et après tout lire Nietzsche c’est supporter la camisole de force avant d’obtenir un bon de sortie de l’asile pour entrer dans le monde horrible des relations dites humaines.
Et Molet de rappeler : « Nietzsche a décrit l’existence comme une réalité esthétique, une manière de combat de boxe à fleurets mouchetés dont on meurt ». Pour cette croisée du fer et du faire l’essayiste a trouvé chez l’auteur du « Gai savoir » philosophie et poésie éloignées des formes de la courbette du nihilisme. Au pire – ou au mieux – il a appris que les choses n’existent pas ou du moins comme nous le croyons. Dans le genre c’est bien. Enfin presque.

Valéry Molet, Crépuscule du Chaos. Essai sur le cœur astrologue de Nietzsche (Suivi de La morale du masque de Patrice Jean), Unicité, 2026, 110 p. – 14,00 €.


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