Valérie Mréjen, Troisième personne
Ce livre est une surprise : comme celle que l’enfant accorde à sa mère par sa présence. Il transforme sa création. Après Forêt Noire dont les fantômes logeaient dans la mémoire et hantaient les promenades de l’auteure, succèdent d’autres déambulations. Aux revenants font place le venant et l’espace qu’il impose. Tout est dit dans la simplicité, aussi radicale que subtile. S’y déploient un sacerdoce et une forme de liberté : celle que Beckett définissait sobrement lui aussi par un « ça vient ».
Valérie Mrejen ne tombe jamais dans l’anecdote : elle préfère cet indicible que l’enfant offre tout en obligeant mère et père à craquer mais aussi à tenir droit dans leurs bottes. Son livre réussit l’exploit de donner une visualité à cet équilibre. La question devient : qu’est-ce qui se dit du monde et qu’est-ce qui peut y entrer lors de l’arrivée d’un « tiers » qui est aussi un tout ? Se joue un rapport au monde, bien plus important que sous toute autre forme d’influence. Le « format » du texte le souligne de son poids ou plutôt de sa profondeur de « plans ». Il renvoie à un type de rapport de dilatation en passant d’une logique d’espace littéraire « européen » (espace centripète) à un espace plus « américain » (centrifuge). En conséquence, le livre est un fragment d’une continuité qui le dépasse entre densité et ténuité.
Celle qui posait avec ses œuvres plastiques (« Que faire avec un Film ? ») embraye en répondant par son texte et grâce à sa maternité à la question adjacente : « Que faire avec un livre ? ». Certainement pas n’importe quoi et n’importe comment. Entrer « en » enfance, c’est aller vers la réponse à l’existence. Certes, pas totalement. Mais un grand pas est franchi en un mouvement de soi vers une sagesse « imposée », une parole donnée par « l’autre » qui n’est plus le père, le maître, le rabbin, Dieu, mais le « même ». Il vient non s’opposer mais transformer la démarche de compréhension, de recherche et d’introspection de la créatrice.
Sous la « froideur » formelle de ses textes jaillit systématiquement une incursion viscérale dans l’intime. La Révélation y trouve un sens particulier.
jean-paul gavard-perret
Valérie Mréjen, Troisième personne, P.O.L. , Paris, 2017, 144 p. – 10,00 €.