Celle qui espère la venue de son messie – entretien avec l’artiste Virginie Sinquin

Celle qui espère la venue de son messie – entretien avec l’artiste Virginie Sinquin

Des plus discrètes, Virginie Sinquin réinvente des premiers jardins du monde où se développent un bestiaire et une végétation empreints de mystères. Manière à la fois de sortir en partie de l’anthropomorphisme et de signaler à la femme un lieu prochain de « sur-vivance ». Le tout avec une grâce qui évite autant le travail du deuil que celui de la mélancolie. L’art peut donc l’animal et le végétal lorsque la décision radicale qui habite une créatrice l’impose.
Par ce biais, Virginie Sinquin cultive une poésie diaphane. Elle n’opère pas la coagulation de nos fantasmes mais plutôt de nos fantômes. Ses animaux et ses végétaux nous affectent sous le mode d’une compréhension sidérante où le paroxysme de l’idéal jouxte une forme d’abîme. La créatrice bretonne nous y invite en expulsant par avance tout instinct bestial et en ramenant à un jardin d’Eden revisité.

L’artiste expose à l’Arthémuse de Briec(29) jusqu’au 28 janvier 2017

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Un dessin à finir ou à commencer et l’envie.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Certains demeurent au pays des oubliettes,  d’autres ont été réalisés, plusieurs ne se concrétiseront jamais, il faut en garder sous le coude pour rêver et ceux qui restent sont en cours de réalisation.

A quoi avez-vous renoncé ?
A m’acheter des jolis robes et chaussures tous les mois

D’où venez-vous ?
De Bretagne, du Finistère Sud (29) .

Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
L’amour des bêtes et le respect de la terre par mon grand-père.

Qu’avez vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Ma timidité et ma peur d’essayer .

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Surprendre ma chienne quand elle se réveille le matin.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je ne sais pas, je ne les connais pas tous…

Comment définiriez-vous votre approche du féminin ?
Comme une photo en noir et blanc pleine de contrastes et de nuances qui serait à la fois abstraite et élégante. Quelque chose qui viendrait du dedans.

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpella ?
« Le voyage dans les nuages » dans une bulle au-dessus de mon lit, qui disparaissait à la venue du jour.

Et votre première lecture ?
La première histoire dont je me souvienne est celle de « Cri-Cri la petite souris », mais je ne savais pas lire, c’est ma mère qui me la lisait. Et le premier livre qui m’a fait pleurer est « Frankenstein » de Mary Shelley quand j’avais 11 ans.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Un peu de tout, ça dépend de mon humeur et de mes découvertes. Classique, rock’n roll, rockabilly, folk, blues, hip hop, gospel, rap, musette, punk, pop italienne… J’affectionne les groupes, chanteurs(euses) qui mêlent les genres musicaux qu’on a du mal à classer et qui ont un univers décalé et bien à eux(elles).

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je n’aime pas relire les livres en général, cependant j’ai relu « L’empire des signes » de Roland Barthes plusieurs fois et « Le portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde et il se peut que je relise « Le livre de lecture » de Gertrude Stein.

Quel film vous fait pleurer ?
« Le tombeau des lucioles » d’Isao Takahata et « Biutiful » de Alejandro Gonzales Inarritu.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
 Ca dépend des jours mais souvent c’est moi.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
à Renaud

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La ferme de mes grands-parents.

Quels sont les écrivains et artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Proche je ne sais pas, ça évolue au fil du temps. Certaines lectures m’ont accompagnée et aidée à certains moments, comme Emily Dickinson, Baudelaire, Roland Barthes Edgar Allan Poe… D’autres m’ont inspirée : Kenny Ozier-Lafontaine ;). La vie et l’oeuvre de Frida Khalo m’impressionnent, celle de Van-Gogh également. Mais peut-être que je si je dois choisir une proximité artistique je choisirais Yayoi Kusama et Paul Yore, comme ça je termine sur « Paul et Virginie » de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
La visite de Renaud.

Que défendez-vous?
La sincérité et l’authenticité.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Je me dis que Lacan n’a pas eu de bol.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Réponse positive.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Celle que vous n’avez pas osée.

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le4 janvier 2017.

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