Valérie-Catherine Richez, Précipités & La violence la plus proche du silence
Ce qui est, ce qui fut : des yeux dans la nuit
Relire et revoir les oeuvres de Valérie-Catherine Richez semble s’imposer. Dans les « faits d’ombres » qu’elle évoque existe toujours « Quelqu’un qu’on ne verra jamais. » Restent des précipités de textes courts ou d’images sombres.
Il est toujours question de corps. Rien ne se passe que le jeu de leurs persistantes petites lumières.
Mais, pour la créatrice, il reste impossible de cerner, d’établir un chemin clair et confiant. Cela semble inhérent à la condition humaine : « À force de verser de la nuit dans la nuit, nous réveillerons-nous ? ».
La « saison » (morte) semble lui donner raison.
Quelque chose s’est toujours perdu : une langue comme si ses signes s’effaçaient. Un effondrement a signé les blessures qui altèrent la ville et la vie.
Reste à « Dire oui à cette affreuse absence. Creuser à nu dans le silence. Aimer, aimer cette lumière noire en attendant que peut-être là-bas une voix se mette à chanter. »
Il faudrait dénouer « les branchages enchevêtrés » mais même nos technologies les plus modernes ne permettent pas de tout comprendre. Au mieux nous pouvons aimer mais ce mot résonne trop souvent comme une pure pétition de principe. Valérie-Catherine Richez nous met face à nos propres brouillages.
Toute affirmation est sapée en une telle oeuvre qui, soudain, devient si parlante et visible. Restent des « images affolantes » qui désormais nous sont proches.
Les réseaux lexicaux et graphiques les épousent : ils sont croisés, démantelés pour qualifier la menace en une vision inquiétante, aux limites du fantastique en « un constant frôlement d’adieu ». De tels textes sont inquiétants mais ils résonnent dans l’urgence.
Et Valérie-Catherine Richez sait de quoi elle parle. Elle a traversé une enfance mouvementée, marquée par la mort. Seule à seize ans, après le divorce de ses parents, elle a mené à Paris une vie d’errances nocturnes avant de partir pour l’Orient. De retour à Paris, elle gagne sa vie en tant que « nègre » et illustratrice pour de grandes maisons d’édition.
Ce n’est que plus tard qu’elle publiera sous son propre nom, après avoir créé et dirigé la revue de poésie « Tout est suspect » puis participé à « L’Autre ». Sombre et inclassable, son oeuvre reste sans doute de celles qui parle le mieux actuellement notre monde et de ces « Lieux de rien » que nous n’avons pas su voir.
Et les « sages » pas plus. Eux qui « savaient depuis toujours comment créer ou détruire les astres. Et les corps avec eux. Et les pensées. » Parfois, ils jouaient, seulement à maintenir entiers les objets visibles. Un jour tu danses ; un jour tu disparais… »
jean-paul gavard-perret
Valérie-Catherine Richez,
– Précipités, Éditions Isabelle Sauvage, 2014,
– La violence la plus proche du silence, Editions Fata Morgana, 2006.