Stéphanie Chardon, Catharsis et Fleur Bleue
Les personnages de Stephanie Chardon sont toujours « assis entre deux chaises », placés dans un équivoque charnel. Ils sont sinon anormaux du moins hors normes selon divers subterfuges figuraux plus ou moins « compensatoires ». Les corps sont hétérogènes et flottants en un processus pour le moins subjectif de la représentation. Ils n’appartiennent plus véritablement à une unité : Stéphanie Chardon la scinde et l’hybride dans des récits fantasmés faits souvent de « pièces » rapportées.
S’inscrit le dur désir de résister en un travail sans fin dont la créatrice, tirant à vue, dresse le constat non sans jubilation, finesse, vagabondage. Debord n’est jamais loin dans une nouvelle version de la société du spectacle des temps de crise. Les portraits montrent nos semblables, nos frères et sœurs qui se leurrent eux-mêmes : faux propriétaires, « ignorants mystifiés » et collectionneurs d’humiliations mais tout autant de satisfactions diverses.
Des êtres sortent leurs cornes, d’autres sont en passe de se retrouver tétanisés. Tout est précaire, apollinien et capable de refléter des incertitudes comme des plaisirs. Les gros postérieurs jouxtent – question popotin – d’autres rondeurs qui font goûter de subtils ressorts.
Il suffit de tourner autour du pot avant d’y tremper l’index.
jean-paul gavard-perret
Stéphanie Chardon,
– Catharsis, Hybridarium, La Rochelle jusqu’au 25 février 2017,
– Fleur Bleue, Chez Higgins Editions, 2017.