Stéphane Sangral , Infiniment au bord

Stéphane Sangral , Infiniment au bord

Sans Graal

Le livre de Stéphane Sangral possède la capacité de nous faire marcher dans la peur. Celle de n’être pas. Certes, le texte tente de nous retirer de ce néant. L’écriture n’est faite que pour ça.
Mais, en attendant ce qui ne s’écrit pas encore, demeurent  les fragments et les ruines éparses. Celui d’un Je non seulement invisible mais hypothétique.

L’auteur parfois biffe sa présence de manière marquée pour toucher à cette fin paradoxale qui, selon Blanchot , « n’a pas en elle de quoi apaiser la mort ».
Elle est la manifestation dans laquelle ne perdure aucune visibilité : ce ne sont plus les êtres qui apparaissent, mais leur absence.

Ce qui tient d’un impossible comment dire touche à la catastrophe, même si Sangral – dans sa quête – espère franchir le cap ; au pire, pour  le remplacer par celui d’une bonne espérance. Mais le texte prouve l’impossibilité d’enchaîner le sens au Je.
Les phrases s’interrompent, s’épuisent, s’arrêtent, ne savent plus. D’où ces « variations » comme autant de coups de dés mais sur une table où ils ne peuvent se décrypter.

Des éléments obsédants fondent jusqu’à l’épuisement d’une musicalité. Elle  se perd là où la lassitude d’être éveillé semble en extinction sous un double état d’amaurose et de cophose.
Certes, la quête est tenace, car Stéphane Sangral espère son Graal. Il pousse sa méditation jusqu’à l’impensable.

Mais l’oeuvre devient une sorte de conscience sans sujet qui, séparée de l’être, se modifie en détachement, contestation, pouvoir de créer seulement  le vide et de se situer dans un manque.. Reste toutefois un appel à une continuation dans une errance sans nom, sans l’espoir, comme dans les religions, un jour de (re)devenir homme.
Nous sommes au-delà de ces perspectives. Le moi est ce château qu’on ne peut atteindre et la vie ce paysage prénatal quitté sur un faux appel ou un malentendu.

L‘être ne possède plus de choix, il est contraint à cette seule possibilité : attendre, infiniment : mais plus l’oeuvre avance, plus le but se rapproche, plus il reste inaccessible.

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jean-paul gavard-perret

Stéphane Sangral, Infiniment au bord, préface de Denis Ferdinande, Galilée, Paris, 2020, 128 p. – 15,00 €.

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