Roz Watkins, La Maison Rouge

Roz Watkins, La Maison Rouge

Célestine Flowers a cinq ans en 2002. Par une nuit glaciale de février, elle a fui la Maison Rouge parce que sa maman lui a crié : « Sauve-toi, vite ! » Joseph, son frère aîné, était en train d’assassiner toute la famille, les parents et son jeune frère. Au petit matin, dans la voiture familiale, il a un accident, gravement blessé, il est dans le coma.
En 2022, Ève est planquée dans l’arrière-boutique de la librairie. Marcus, son patron, adore organiser des événements dans son commerce. Or, ce jour-là, un énergumène, attiré par l’annonce d’un pactole pour qui résoudra le niveau caché dans le jeu vidéo tiré du drame, se fait virer promptement par Ève et le chien. À mi-temps à la librairie, elle est aussi bénévole dans un refuge animalier.
En sortant, elle téléphone à Mamie Peggy, sa meilleure amie, la seule qui sache qui elle est réellement. Cela fait vingt ans que cette dernière prend soin de Joseph dans son coma. Elle demande à sa petite-fille de venir la voir… dans la Maison rouge où elle habite. Après bien des hésitations, car elle ne veut pas qu’on fasse le lien entre elle et la maison, Ève s’y rend pour apprendre que Peggy, atteinte d’un cancer qui s’est propagé, va bientôt mourir. Elle lui demande de veiller, après sa mort, à ce que Joseph soit bien soigné dans la Maison Rouge.
C’est quand elle sort qu’elle est reconnue. Il en est fini de l’anonymat qu’elle a mis tant de temps à construite. Pour le retrouver, avec la charge de sa nouvelle mission, elle doit prendre des décisions terribles compte tenu de son handicap, une sévère prosopagnosie…

Avec ce roman, Roz Watkins propose un thriller familial. Elle installe des secrets dans un huis clos très rural, avec une montée en tension assez spectaculaire. Elle met en scène des traumatismes générés dès l’enfance et qui restent présents malgré une reconstruction.
Avec un beau savoir-faire, elle organise une série d’événements divers mais déstabilisants pour l’héroïne. Ce sont des rencontres qui deviennent, avec cette prosopagnosie, lourdes de menaces, des lettres, des traces du passé. Et tous ces actes l’entraînent dans ce lieu qu’elle a fui et qui, pour elle, est chargé de dangers. De plus, cette demeure est isolée, entourée de marais. Cette habitation est un personnage à part entière, une bâtisse isolée, chargée en secrets où chaque pièce semble receler un piège.

Autour du trio composé d’Ève/Célestine, de Peggy, la mémoire du drame, et de Joseph qui impose des obligations, la romancière multiplie les intervenants, les points de vue, les versions contradictoires, engendrant un puzzle aux pièces disparates. Et le lecteur s’interroge sans cesse pour tenter de savoir ce qui est vrai, ce qui est faux, qui manipule.
Avec ce livre, Roz Watkins explore les conséquences des traumatismes, de ces souvenirs trop lourds à porter. Ce sont aussi ces violences familiales quand règne une atmosphère toxique, quand chaque membre porte une part d’ombre. Avec le handicap mental de son héroïne, elle interroge sur la perception de ce que l’on voit, de la réalité apportée par la vue.

Roz Watkins offre un thriller psychologique où elle joue avec l’ambiguïté, les faux-semblants, les mémoires déficientes. Elle met en scène une héroïne qui reste en mémoire et installe une intrigue dont la tension ne fait que croître jusqu’à un dénouement étonnant.

Roz Watkins, La Maison Rouge (The Red House), traduit de l’anglais (Royaume -Uni) par Manon Chevrier, H&O Éditions, coll. Thriller, mai 2026, 384 p. – 22,90 €.

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