Riff Reb’s, Kernok le Pirate
Une vie de violence
L’auteur apprécie les récits maritimes plutôt noirs comme sa trilogie composée de À bord de l’étoile Matutine, Les Loups des mers et Hommes à la mer. Ici, il adapte assez librement un court roman d’Eugène Sue paru en 1830. Il s’agit de l’histoire de Kernok, un homme sans foi ni loi.
Ce soir, Kernok chemine sur la lande en direction d’une masure qui abrite un couple de naufrageurs et leur fils déficient mental. La femme sait aussi prédire l’avenir. C’est la raison de sa visite sur l’insistance de sa maîtresse. Kernok, originaire de Plougasnou, s’est embarqué à quinze ans sur un navire négrier, la Félicité. Il se fait vite remarquer par le capitaine par sa férocité vis-à-vis des esclaves. Celui-ci le forme à la navigation et en fait son second.
À quelques temps de là, Kernok se débarrasse du capitaine, prend le commandement, débaptise le voilier pour la Hyène et promet la richesse à l’équipage. Aussi quand il entend la sentence de la voyante lui annonçant qu’il lui reste treize jours à vivre…
Avec un humour très noir, Riff Reb’s met en scène la vie de cet individu cruel, meurtrier, ne reculant devant aucun crime, aucune trahison. Animé par une sorte de folie meurtrière, il garde cependant un zest d’humanité pour la femme noire qui a tout abandonné pour le suivre dans ses errances et qu’il appelle Mélie, du nom de sa couleuvrine de dix-huit.
Le scénariste ne cherche pas à faire de cet individu un être à plusieurs facettes ni à donner une quelconque morale sous-jacente. Il présente la barbarie dans toute son horreur, les violences sans freins, ne trahissant pas, dans cet aspect, le récit initial.
Assurant dessin et mise en couleurs, l’auteur use d’un trait oscillant entre réalisme et une certaine caricature, appuyant les traits de quelques-uns des protagonistes. Il brosse des trognes patibulaires à souhait pour un équipage qui vit constamment en immersion violente. Les teintes sombres retenues marient l’ocre, le rouge, le bleu, de belles touches de noir, de vert. Il crée ainsi une atmosphère crépusculaire, une obscurité qui renforce le côté tragique de l’épopée.
Une fois encore, Riff Reb’s signe une tragédie maritime imposante, une adaptation des plus réussie tant pour le récit que pour son graphisme confondant.
serge perraud
Riff Reb’s (adaptation du roman d’Eugène Sue, dessin et couleurs), Kernok le Pirate, Éditions Oxymore, coll. Noctambule, octobre 2025, 116 p. – 20,95 €.