Pour des non mais aussi pour un oui : entretien avec Hervé Bauer (A l’article de la mort baroque )

Pour des non mais aussi pour un oui : entretien avec Hervé Bauer (A l’article de la mort baroque )


Hervé Bauer a enseigné la philosophie. Il est connu pour son approche poétique qui se concentre sur les problèmes formels et existentiels. Il a collaboré à de nombreuses revues dont Java, Sigila, Verso et a animé la revue Jalouse pratique, avec le peintre JM Scanreigh, de 1993 à 1995. Ecrivain rare au regard « beckettien », il ignore tout épanchement : juste des scènes vues selon un baroque paradoxal qui louche vers un néo-réalisme poétique mais acerbe et minimaliste.
Bauer touche un sentiment éphémère et long, discrètement intime de l’existence. Chaque texte devient un petit voyage au sein de celui de l’existence jusque au moment où paradent les « linges d’agonie », là où est commué en cendres « le tremblement de la chair » A sa manière, l’auteur écarte la détresse et le chagrin comme le sublime et le prophétique. Il garde toujours le contact avec le réel là même où il semble distancié. Néanmoins, le poète n’est jamais cynique – quoique toujours insolent à sa manière, dans sa capacité à revivifier le suranné. Chaque cérémonie liturgique et dérisoire du poème suit son cours en ode à l’existence dont la mort indique la ligne des plus classiques et générales mais non sans humour bien sûr.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Changer de place, aller voir si j’y suis.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
J’y retourne comme on retourne en enfance.

A quoi avez-vous renoncé ?
Au Paradis. (Pas aux « verts paradis des amours enfantines »)

D’où venez-vous ?
De nulle part et crains bien d’y retourner.

Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
Le verbe, à défaut du Verbe.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Lire, noter, attendre chaque matin au café.

Comment définissez-vous votre vision de la littérature ?
Quelque chose à la hauteur de quoi il faut essayer de se tenir.

Peut- on estimer la vôtre comparable à la photographie N et B plus que la couleur ?
Disons, avec Beckett, « noir clair ».

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Je ne m’en souviens pas. Je l’emporterai sans moi dans la tombe.

Et votre première lecture ?
Jules Verne, la plus définitivement prégnante.

Quelles musiques écoutez-vous ?
La dite classique, avec pour dieu Beethoven. Du jazz.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Plusieurs… en ce moment « Les fleurs du mal ».

Quel film vous fait pleurer ?
Tout film capable de le faire. Plutôt des sanglots dans la gorge.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Peut-être moi ou, dangereusement, quelqu’un.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A Samuel Beckett.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le Paris de mon enfance.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Beckett, Baudelaire, Mallarmé… Bram Van Velde, Klee, De Staël…

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Le Prix Nobel de Littérature !

Que défendez-vous ?
L’écriture contre « l’universel reportage ».

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Lacan ne m’inspire pas.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Je suis plutôt du côté du non.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Sur la mort, « mon lamentable sujet », dit Bossuet.

Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret, pour lelitteraire.com, le 3 janvier 2025.

Laisser un commentaire