Richard Millet, La Joute

Richard Millet, La Joute

La passion de la syntaxe et de l’amour pousse Richard Millet à faire de son texte une grammaire de la conjugalité, loin des scènes de la vie conjugale parsemée d’entente et mésentente. La Joute devient donc par l’écriture l’expression des regards, paroles, gestes dans un couple qui se chérit ou se fait face.
L’auteur l’évoque à partir de son expérience d’homme marié puis veuf, le tout sans raconter histoires ou anecdotes. « Il a fallu la longue maladie et la mort de mon épouse, en 2020, puis cinq années de solitude, autant dire de deuil, pour que le sujet s’impose enfin : la joute est cela même dont la mort de ma femme m’a privé, soit le lien le plus mystérieux de ce qu’on appelle un couple, deux êtres doués de parole et croyant se connaître, et dont les voix réfutent toute métaphore, idéologie et discours sur l’amour », écrit Millet.

Pour faire exister ensemble le visage et la voix en une présence qui en dit autant sur le corps que sur l’invisible. Le texte – au-delà ou en deçà des mots – montre un échange forcément problématique à tout ce qui fait couple. Dans cette situation croisée existe une sorte de chemin de croix et de croire (ou mentir) là où se jouent la fidélité et son contraire, lourd d’un hors champ « légal » et d’un paradis rêvé.

Ici une, succession de notes incise la discontinuité du livre dont l’approche reste abstraite (même si la chair n’est pas absente). L’objectif reste d’analyser les comportements humains parfois étouffants dans un tel processus. L’auteur y évite l’omnipotence du sexe. Il accorde au mariage sa noblesse. Certes, nous sommes loin de la joute qui opposait les chevaliers sous les yeux de leur dame. Mais reste là une forme de vérité rarement évoquée. Et ce, non benoîtement mais avec ombres et lumières dans une sorte de « morale » intrinsèque où se cache un certain repentir de la part de l’auteur avec subtilité. Et l’auteur de rappeler qu’« Aimer une femme c’est être assuré de (la) perdre ».

Richard Millet, La Joute, Ed. Les Provinciales, 2025, 192 p. – 18,00 €.

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