Revue L’Homme long – 2
Du nerf (humains et ombres)
Sous la direction de Jean-Claude Goiri, « l’homme long est inspiré de faits réels provoqués par une lecture abusive de fictions poétiques » D’où une suite de « malaxes » comme disait Bashung ou de cocktails. Bref, le corps travaille. Jamais le bambou las ou en lacération il n’« en » croque – le « en » restant suffisamment neutre mais pour tout se permettre.
Grâce à divers récits, poèmes pensées – de Morgane Riett, Dominique Boutou, Jean-Jacques Brouard et non sans la visite médicale du psychiatre Philippe Bourret -, le corps est bien plus qu’un fait social observable. Certains fuguent et, parfois, quittent son ou sa partenaire presque toujours sans prévenir qui que ce soit.
Les lecteurs trouvent malgré tout ce qui prête à rire étant donné que l’homme long se replie en déplaçant un élément ou transforme ce qui pourrait être un drame en récit délicieusement absurde pour Caroline Coppé. Cependant, elle conserve quelque chose de ce qui justifie régulièrement une fugue. Surtout lorsqu’il s’agit d’amour.
En conséquence, «scruter, créer, partager » parfois s’éloignent ou se rapprochent. A nous de cueillir ces trois verbes qui explicitent le contenu de toutes sortes de choses et font basculer le lecteur dans le doute tout en « soulev[ant le voile de l’illusion qui nous sépare d’une liberté oubliée » (Régis Nivelle), femmes comprises.
Certains hommes longs sont placés dans de grands verres pour qu’ils gardent les pieds dans l’eau, non parfois sans portée politique ou théorique qui apparaît dans la dernière partie de ce numéro.
Dans l’ensemble, les fables sont des variations contre la soumission acceptée. En bouquets, les hommes ont du mal à rester toute la journée dans leur verre. Parfois ils semblent déjà être partis avant et disposent de plein de temps pour faire des trucs. On pense parfois à ces couples formés à la va-vite, où un enfant vient par accident et où on se laisse aimer et après qu’un corps a fait l’enfant.
Ces textes précisent que des métamorphoses se compliquent jusque dans la vie quotidienne. Certains textes déconcertent tant que – quoique long – le corps devient un agent non secret et se comporte plus ou moins selon selon les règles. Mais alors, quoi en dire ? Après tout, entre poèmes nouvelles, diagnostics tout renforce le verbe « marcher ». Et n’oublions pas l’entrée par une excellente analyse où tout se passe : et ça marche bien sans le moins motif de « sérendipité » selon Amel Zmerli !
jean-paul gavard-perret
Revue L’Homme long – 2 , Editions Tarmac, juin 2026, 148 p. – 15,00 €.