Revue ANIMAL, nouveau numéro
Salaces à force
La revue Animal est une revue de haute facture où l’animal fréquente l’homme. Ce n’est pas important de savoir où ça mène, c’est forcément nulle part, comme tout ce qu’il y a d’immensément important dans l’existence et d’où la sapience d’une telle revue que Frank Doyen dirige et oriente moins en chien de garde que de chasse pour lever des lapins : qu’importe s’ils n’ont pas d’oreilles.
Dans ce dernier numéro, Loréna Bur, Jean-Gilles Badaire, Béatrice Trotignon, Bernard Chambaz et Aldo Qureshi sont de cette race (et ici ne sont pas les seuls dans ce numéro en deux temps – d’hiver et du printemps). Ici, la poésie contemporaine (comme le lapin et qu’il fume ou non) est agile. Chaque lecteur trouvera dans tous ces texte expérimentaux de l’humour, un déplacement des lignes et une suite de réflexions.
Pour ma part, j’ai un faible marqué pour les publications de Hélène Grimaud, Marine Riguet et Aldo Qureshi. Quant à Andrée Wilhelmy, elle n’y va pas de main morte et il y a là un gare au gorille où ce dernier n’est plus celui qu’on croit – tant sa mégère adorable relie le poème à l’invisible, la chienne au balais, le Mâlin aux malins (à moitié).
Souvent dans ce numéro, le pertuis de l’inconscient est féminin, c’est aussi le mercure de l’athanor où s’objective les fantasmes de certains veneurs. Quand ils lâchent leurs chiens, la terre est noire mais c’est l’entrée du chemin de l’échiquier où, comme pour trancher le damier du monde, l’asphodèle est blanche.
Mais c’est ainsi qu’avancent des fantômes masqués (ou plutôt l’inverse). Doigts baisés entre des lèvres, des ramages rabattent des caquets là où la poésie redresse sa plume – entre autres, par effets de merles moqueurs : certains merlottent, d’autres merdouillent grâce aux merlettes. Elles se mettent parfois à penser à thorax poilu et âme vrombissante.
A nous de retrouver un tel un nid de pie où d’hirondelles sur les fils des discours qui montent et descendent en de tel parcours, et voies et voix. Animal sécrète des cérémonies secrètes. Et son directeur se plaît à rester loup gars roux ou ogre pour nous tirer de tout sommeil. Rejetant les orgues à prières dont le latin résonne comme des gazouillis d’oiseaux, Franck Doyen préfère que sonne le temps d’orage et d’opprobre où ceux qui nous nourrissent de cygnes se disent – au besoin – oiseaux sans tête. Mais la leur est bien pleine.
jean-paul gavard-perret
Revue Animal, hiver et printemps 2025, Editions Lettres Verticales, 2026, non paginé – 22,00 €.