Pirelli – Le Calendrier. 50 ans et plus
Les poncifs crasses du calendrier Pirelli
Pour le 50ème anniversaire du fameux calendrier Pirelli, les Editions Taschen se fendent d’une vision rétrospective de ce « haut lieu » (sic) de l’érotisme. Aux grandes signatures des photographes en vogue ( citions Richard Avedon, Peter Beard, Patrick Demarchelier,Karl Lagerfeld, Annie Leibovitz, Peter Lindbergh, Sarah Moon, Herb Ritts, Mario Testino) se mêlent les icônes des différentes époques (de Sophia Loren à Naomi Campbell, Laetitia Casta, Cindy Crawford, Penelope Cruz, Milla Jovovich, Heidi Klum et autres Kate Moss). Vu avec recul, ce cirque médiatique est désolant. Jouant sur la vague des poncifs esthétisants de leur temps, des créateurs – généralement plus inventifs – n’ont donné là que de la roupie de sansonnet érotique. L’ensemble est parfois à pleurer de rire et accorde aux calendriers américains plus populaires ( celui des huiles Castrol par exemple) une saveur plus troublante.
La prétendue béatitude plastique plonge dans la bêtise crasse et convenue. Aucune limite n’est franchie. Sous couvert de transgression ne subsiste que des corps alibis dans des prises gonflées (en hommage à Pirelli) de vide. Nul standard n’est dépassé. Le calendrier restera comme le haut moment du factice, du frelaté et du faisandé. Pas le moindre écart de « conduite » : il est vrai que la marque imposait de tenir la route. Et il ne convenait pas de fréquenter seuils et fossés afin de donner à la mode ce qu’elle demandait. Sous effet de nudité, rien n’est dévoilé. La femme demeure pur objet de facticité.
jean-paul gavard-perret
Pirelli – Le Calendrier. 50 ans et plus, Editions Taschen, New-York, Paris, Londres, Berlin 2015, 50,00 $.