Philippe Thirault & Gilles Mezzomo, Lee Horn – Le fantôme de Wounded Knee
Vengeance quand tu nous tiens…
Le massacre de Wounded Knee a été perpétré le 29 décembre 1890 sur les berges du ruisseau qui porte ce nom, dans le Dakota du sud. La 7e compagnie de cavalerie qui comptait entre 450 et 500 hommes, armés entre autres de quatre canons, a assassiné 350 Lakotas dont 230 femmes et enfants. Quels héros ces blancs des États-Unis comme ces soldats qui s’acharnent actuellement sur les populations civiles !
Cette abjection sert de base au présent récit qui met en scène un jeune garçon, Cri-de-l’Aigle. Celui-ci s’était éloigné du campement pour voir si les bisons étaient revenus et pour chasser. Son grand-père le ramène alors que la tribu est encerclée par des soldats qui collectent les armes des Amérindiens après la trêve acceptée. Un malentendu entraîne un coup de feu inoffensif mais qui déclenche l’hystérie et le carnage.
Cri-de-l’Aigle fuit mais il est rattrapé par le capitaine Norton qui massacre à tout-va et qui l’amène à tuer involontairement une femme. Cependant, s’apercevant qu’il est blanc, il lui laisse la vie sauve. Recueilli par une famille de fermiers noirs, il grandit, devient Lee Horn. Adulte, un choc va réveiller sa mémoire et, rongé par la haine…
Cette fresque prend en compte des faits historiques comme ce massacre d’Amérindiens, comme l’éradication de populations aux Philippines où le héros se retrouve au cœur des pires exactions. C’est aussi l’injustice qui règne sur ce récit avec ce garçon ballotté entre différentes communautés, des plus humaines aux plus détestables.
Cependant, Philippe Thirault installe dans cette quête vers la vengeance, des histoires annexes où la part sentimentale, l’humanité, joue un grand rôle, où l’amnésie permet de vivre jusqu’au déclic dévastateur qui fait tout basculer. Il montre également que derrière des héros, derrière des individus de pouvoir, se cachent d’ignobles ordures qui sont couvertes de sang, que celui-ci soit réel ou métaphorique.
La mise en images est assurée par Gilles Mezzomo pour un dessin réaliste à souhait et par Céline Labriet pour les couleurs. L’efficacité prime dans la représentation, tant de la galerie très fournie des personnages que des décors. Le dynamisme des scènes de combats, des scènes de batailles est rendu avec une belle densité, soutenu par des teintes choisies avec soin pour faire ressentir l’atmosphère des actions.
De plus en plus de récits s’éloignent de la légende construite par ces blancs se présentant comme des victimes contraintes de se défendre. Les pauvres colons qui occupent des territoires doivent faire face à la férocité des autochtones. Ces caricatures véhiculées trop longtemps s’effacent pour révéler la réalité. Et cet album emporte l’adhésion à ce récit riche en intrigues menées avec brio, le tout mis en images de belle façon.
serge perraud
Philippe Thirault (scénario), Gilles Mezzomo (dessin) & Céline Labriet (couleur), Lee Horn – Le fantôme de Wounded Knee, Glénat, coll. 24×32, septembre 2026, 88 p. – 19,00 €.