Patrick Boutin, La mouche qui boite
Mouche allant qui passe
Expert en dos mineur de fond et tel un mâle dominant, le narrateur (ou la narratrice) joue le passe- muraille pour devenir, parfois insecte parmi les mouches tachées. Le voici voyeur d’un immeuble où les échantillons humains n’ont rien de chauds de Fond ou de belles de Chaillot. Pour elles et eux, il a la dent dure face à des chayottes déchaussées de certains Méphisto faits d’aise ou d’élytres (10 degrés pas plus).
Bref, Boutin fracasse à sa manière l’immeuble, ses pots, ses candélabres et ses patères austères voire parfois nos stères. Dans un tel édifice, ses mots vibrent entres escarres billes et poussières. Qu’importe s’il y a des cocus, des faibles ou des pare-venus. Le narrateur espère fabriquer des évènement qui vont vers leur utopie bien qu’il s’affiche fauteur de carences mais n’en a rien à secouer.
Son objectif : juste tenir à quatre pattes comme des mouches et leur membranes même si des mamies rêvent de les exterminer à coup de Kapo (entendons insecticides). Mais Patrick Boutin reste, en poète de l’absurde, celui qui pénètre le mystère de la vision et de l’univers. Ne cherchant jamais à redoubler le réel, il en souligne l’inconsistance vertigineuse. Mais il en fait surgir une forme de frénésie exponentielle, de délivrance baroque afin que l’espace plus meuble qu’immeuble s’irradie d’improbables postulations.
Ici, le monde grince plus que la mouche ne pète en atterrante suspension. L’être sort par bouffées de rires et source d’énergie capable de faux bonds coupés d’âme porteuse. Derrière les murs, les aiguilles des heures restent à six heures et demie comme des femmes tondues pendues par les pieds. Mais un tel auteur reste leur serviteur, quitte à les mettre entre ses genoux pour suinter l’humus de la carne à vif.
Tout reste ici tordu et convulsif dans un grand bal fait d’instants ou d’histoires ajustées – mais moins justes que « juste, juste ». Fort en pif quoique nez gâteur, l’auteur met l’humain en gambadeur passant de palier en palier toujours prêt au remplacement avec un amas de panoplies. Entre autres d’une femme caoutchouc, d’un « trampolineur » ou d’un magicien de cirque au soleil.
Mais tous battent la breloque, foutraques d’une dévastation nourrie au camphre du jus de grands-mères urinaires ou de Karen Opercule pompée d’I en in(dé)cendie.
jean-paul gavard-perret
Patrick Boutin, La mouche qui boite, Bozon2X éditeur, 2026, 138 p. – 16,00 €.