Matthieu Bonhomme, La longue marche de Lucky Luke
Une nouvelle interprétation du héros
Matthieu Bonhomme a donné vie à deux aventures de ce cowboy sevré de tabac dans L’Homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke, toutes deux parues chez Dargaud.
Il propose une nouvelle histoire qui débute dans un Minnesota enneigé. Arrivé à Cramp Sawmill, le héros recherche Jeremiah Johnson et se rend au saloon. Celui qu’il veut rencontrer a été mis à la porte de l’établissement et Lucky a du mal à l’arrêter pour lui parler. Jeremiah sait où se trouve un petit garçon porteur d’une tâche de naissance sur le front. Lucky est missionné par Cramp, lui-même, pour retrouver son neveu qui est sans doute chez les Pieds-Bleus.
En route, Lucky Luke découvre, effaré, la dévastation des forêts exploitées par Cramp. La rencontre avec la tribu des autochtones se passe très mal et il faut un message divin pour dénouer la situation. Lucky Luke découvre qu’il a été manipulé, que le garçon de dix ans intégré dans le groupe, porte fièrement le nom de Nuage Rouge. Or, il sera en grand danger s’il le ramène chez son oncle. Il décide, en accord avec sa mère et le chef, de le mettre à l’abri au Canada. Mais, la route est longue…
Matthieu Bonhomme présente un album bien différent de ses précédents et surtout bien différent du parcours habituel du héros. Il fait résonner dans sa fiction des mouvements qui se déroulent aujourd’hui. Il donne à son récit une dimension qui est à l’opposée de la vision hollywoodienne de la conquête de l’Ouest. Il met en avant l’humanité de ces peuples autochtones, leur capacité à respecter la nature, à vivre en osmose avec elle, en harmonie avec leur environnement. Le contraste est violent avec la figure de l’infame Cramp, archétype de ces odieux capitaines d’industrie qui ne reculent devant aucun crime (physique, moram), pour s’approprier les ressources à leur seul profit.
Parallèlement, l’auteur propose un autre Lucky Luke dans les nombreuses scènes qu’il partage avec Nuage Rouge. Ce garçon possède une finesse d’observation et une lucidité qui remet en cause le statut du héros solitaire et déstabilise fortement Lucky. Il lui fait endosser, contre son gré, un rôle de père/éducateur où il se sent bien remis en cause.
Les Dalton se retrouvent dans un rôle quelque peu différent de celui qu’ils jouent habituellement.
Le choix de Jeremiah Johnson comme le nom du prédateur n’est pas dû au hasard. Il ne faut pas chercher longtemps pour en saisir le sens.
Le graphisme est, comme à l’accoutumé chez ce créateur, éblouissant, d’une qualité exceptionnelle.
Avec ce nouvel album, Matthieu Bonhomme conjugue avec une remarquable maestria, aventures épiques, actions, rebondissements, humour et personnages engagés, présentant un Lucky Luke inhabituel. Un grand moment de lecture.
serge perraud
Matthieu Bonhomme (scénario, dessin et couleur), La longue marche de Lucky Luke, Dargaud, avril 2026, 80 p. – 16,50 €.