Olivier Descosse, L’Heure des fauves
C’est faire injure aux fauves…
Après Peurs en eau profonde et Le Cirque du diable (XO Éditions – 2022 et 2023), Olivier Descosse revient avec Chloé Latour, la commandante cheffe de groupe à la brigade criminelle de Marseille. Elle a dû, pour ces deux enquêtes, côtoyer l’univers des plongeurs professionnels et des chercheurs d’épaves, celui des ZAD sauvages, des as de la glisse et des groupes survivalistes.
Une femme terrifiée, à bout de forces, rejoint enfin le poste de police. Elle frappe, tape, tambourine jusqu’à ce qu’une silhouette se profile. Mais le prédateur est derrière elle et l’égorge.
En pleine nuit, Chloé Lacour est réveillée pour rejoindre un lieu de crime. La victime est une femme d’une trentaine d’années, d’origine maghrébine. Elle a été quasiment décapitée. La main droite a été coupée et emportée. Elle porte un tatouage sur le bras, une écriture arabe qui se traduit par : « Les hommes ont autorité sur les femmes. »
Et l’enquête va mener vers des trafiquants de drogue, mais, très vite les policiers doivent s’orienter vers des pistes peu familières, dont les liens entre les domaines semblent improbables. Chloé va être confrontée au monde codifié des narcotrafiquants, du rap, des fous de Dieu et des princes de l’or noir. Or chacun se révèle dangereux, mène sur des chemins de violence absolue…
Avec ce roman, Olivier Descosse clôt une trilogie autour de son héroïne, cette commandante dont la classe et la froideur suscitent défiance et jalousie. On apprend beaucoup sur sa vie personnelle, les traumatismes qu’elle a subis, les raisons qui l’ont fait embrasser la carrière policière. C’est la vision de cette victime qui va raviver des souvenirs vieux de vingt ans mais qui continuent d’empoisonner sa vie.
L’action ne souffre pas de ralentissements. La tension est palpable et les enquêteurs vont devoir voyager de Marseille à Tamanrasset, de Dubaï au désert d’Arabie saoudite et sur le Ring.
Autour de son intrigue tendue, mais fort réaliste, à l’écriture nerveuse, le romancier aborde de façon frontale la question des violences faites aux femmes. À travers le passé de Chloé Lacour, son parcours pendant l’enquête, ses sentiments exacerbés, les émotions qui la submergent, il montre les souffrances endurées par elle et par d’autres. Il dépeint les vies brisées, la destruction du corps, de la personnalité, la montée des violences physiques, psychologiques, verbales. Il définit cet état de fait avec une expression très parlante : « un système patriarcal obscurantiste. »
Il explore également les narcotrafics et l’univers souvent sulfureux du rap, certains liens qui se tissent entre ces deux milieux.
En épigraphe, le romancier cite Dostoïevski : « On compare la cruauté de l’homme à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers. » Un fauve ne torture pas, ne cherche pas à faire souffrir inutilement.
Avec ce nouveau livre, Olivier Descosse signe un thriller de haute intensité, abordant des problèmes aigus de société avec une intrigue puissante.
serge perraud
Olivier Descosse, L’Heure des fauves, XO Éditions, coll. Thriller, février 2025, 496 p. – 21,90 €.