Nicolas Beuglet, Transylvania

Nicolas Beuglet, Transylvania

Chaque thriller de Nicolas Beuglet est l’occasion de réfléchir sur des sujets qui renvoient à l’Humanité, son histoire, ses zones d’ombre ou son avenir.

Mina Dragan rentre au commissariat central de Bucarest avec un équipier furieux. Convoqué par le commissaire, elle explique qu’en fait, malgré les apparences, elle lui a sauvé la vie. Séduit par son curriculum, il veut lui donner sa chance de devenir inspectrice sans passer le concours. Il vient d’être saisi d’une affaire, le meurtre d’un homme dans une chambre du château de Bran, celui qu’on attribue au comte Dracula, dans la campagne transylvaine.
Après bien des difficultés liées à l’éloignement, aux conditions climatiques, Mina arrive sur les lieux. Le défunt est un homme qui s’est isolé, selon l’hôtesse, cinq jours sans sortir de sa chambre. Seul un couple résidait dans le château, couple parti la veille. Le visage de l’homme rappelle quelque chose à la policière. C’est le patron d’une très grosse entreprise informatique. Avant de disparaître, le tueur a inscrit un tatouage sur la main de la victime. Elle remarque un coffre. Ouvert, celui-ci contient cinq dossiers de personnes de nationalités et de professions différentes qui ont disparu le même jour. C’est, pour elle le début d’un jeu de piste angoissant, découvrant des faces cachées de…

Après Sarah, Grace, le romancier installe une nouvelle héroïne en la personne de Mina Dragan. Elle a exercé des activités athlétiques avant d’intégrer la police avec des motivations peu communes. Or, elle ne veut pas parler de ce qu’elle a vécu pendant deux ans, entre 2023 et 2025, lors d’une disponibilité dans la police.
Les contes de fées sont une des expressions des peurs et des croyances populaires. Ceux-ci sont ancrés, à la fois, dans l’Histoire et dans l’inconscient. Ce n’est pas par hasard si Le Petit Poucet, Le Petit Chaperon rouge ou Blanche Neige, ont traversé trois siècles et ont été traduits dans cent soixante langues. Pour ce roman, ce dernier conte est au cœur de l’intrigue sachant que des éléments troublants ont été retrouvés dans la région où les frères Grimm ont passé une partie de leur enfance.

Ce conte permet à Nicolas Beuglet de faire un lien avec la désaffection de plus en plus importante pour la lecture et les conséquences à terme pour les populations. Les livres sont délaissés au profit d’autres supports. Or, ceux-ci n’apportent pas des capacités, des compétences, l’art de l’analyse que développe la lecture. Il dresse un constat effrayant basé sur des études scientifiques quelque peu négligées.
Et, en matière d’avenir des humains, il donne un magnifique réquisitoire contre une nouvelle trouvaille qu’on présente comme un progrès humain fantastique. Ce qui pourrait être le cas si celle-ci avait été réservée à quelques domaines précis, utilisés par des professionnels qui l’auraient fait fonctionner pour faire progresser les sciences. Or, tombée dans le domaine public, elle appauvrit à la fois les capacités mentales des individus et les richesses naturelles indispensables à la survie de populations.
En toile de fond se pose aussi la question du véritable criminel quand un individu tue un responsable de milliers, de centaines de milliers de morts, qu’il empêche une catastrophe aux conséquences illimitées. N’est-il pas plutôt un héros sauvant d’innombrables vies ?

Ce livre place l’intrigue dans une atmosphère sombre et glaciale, au cœur du château de Bran. Là, la jeune inspectrice fait face à un meurtre énigmatique et à ses propres démons intérieurs.
Avec Transylvania, Nicolas Beuglet propose un thriller haletant qui qui mêle enquête policière, légendes vampiriques et questionnements contemporains. Il utilise la peur et la fascination des hommes pour leurs propres légendes pour mettre en lumière des menaces actuelles. Loin de n’être qu’un roman policier à l’intrigue forte, le texte impressionne par les réflexions sur l’ombre et la lumière de l’âme humaine.

Nicolas Beuglet, Transylvania, XO Éditions, coll. Thrillers, septembre 2025, 352 p. – 21,90€.

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