Monica Ali, Café Paraiso

Monica Ali, Café Paraiso

Petite virée à Mamarrosa, au coeur du Portugal, un petit village où l’on rêve davantage sa vie qu’on ne la vit

Le petit village de Mamarrosa, quelque part au Portugal, est vraiment un petit village : là-bas, un cybercafé est une ancienne boutique aménagée où deux ordinateurs trônent effectivement mais sans connexion. Mais bon, peu importe en fait. On s’y rend parce que c’est nouveau ; cela permet en quelque sorte de changer d’air, de s’évader l’espace d’un moment d’une vie qui en réalité tourne en rond et s’embourbe dans ses souvenirs, ses regrets, ses « si j’avais été » et ses espoirs abandonnés d’avance.

Dans un paysage campagnard tout de fleurs, de vallées et de pluies scintillantes, se tournent autour les membres dispersés d’une famille en dérive, un écrivain que les scrupules n’étouffent pas, le tenancier boulimique de la gargote du coin ou encore un vieillard détruit par le suicide de son meilleur ami dont il était amoureux fou. La liste n’est pas exhaustive. Toutes ces vies réunies dans un même lieu immobile ont en commun la nostalgie de ces choses qui auraient pu être si cela avait été ailleurs, et ne l’ont pas été, le fantôme de ces vies qu’on aurait pu saisir et dont on ne saura jamais si elles auraient été meilleures ou non voire de ces vies qui peuvent encore être mais dans lesquelles on n’a pas le courage de se lancer.

Voilà Mamarrosa sous ses dehors paradisiaques, une sirène qui englue nos ailes et nous garde en son sein, un trou noir dans lequel tout s’engouffre sans plus pouvoir ressortir : on y pose ses valises dans l’idée de se reposer quelque temps et trente ans plus tard on y est encore, remâchant inlassablement le projet de partir refaire sa vie, sans jamais le réaliser.

Cette malédiction est une force d’autant plus terrible qu’elle est nourrie et protégée par les habitants eux-mêmes : ce fameux cousin, parti faire fortune, et qui revient drapé dans une cape élimée, un sourire tranquille aux lèvres, se taisant sur ses propres regrets mais distribuant sans compter paroles d’apaisement et de détachement des turpitudes existentielles, est rapidement évacué. Mamarrosa ne se fait belle et accueillante que pour les nostalgiques, les indécis, les abattus ou les ataviques. Á croire que là-bas il ne s’agit pas de vivre sa vie, mais qu’il est bien plus précieux de la rêver.

s. placoly

   
 

Monica Ali, Café Paraiso (traduit de l’anglais par Isabelle Maillet), Belfond, octobre 2007, 322 p. – 20,00 €.

 
     
 

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