Mo Hayder, Pig Island

Mo Hayder, Pig Island

L’art du cochon, ou l’altruisme de Mo Hayder qui nous saucissonne un thriller du meilleur goût sur fond de… boucherie (eh oui, c’est le comble !).

Malachi Dove. Le gourou du Ministère de la cure psychogénique. Celui qui prétend soigner naturellement tous les maux excluant toute aide médicale ou chirurgicale. Par le passé, Joe Oakes, un journaliste qui étudie les prétendus phénomènes paranormaux, a déjà tenté de tordre le cou à cette philosophie, s’attirant ainsi à jamais la haine de cet homme. Des années plus tard, les trente fidèles ont pris possession de l’île de Cualagh, en Écosse. Les habitants de la côte l’appellent Pig Island. Des cadavres de porcs sont souvent repêchés au large de l’île. Cette île où le diable règne en maître absolu d’après la rumeur. Et que dire de ce film amateur qui montre une créature mi-homme mi-bête se déplaçant dans les bois ? Deux ans plus tard, Joe Oakes débarque dans la région avec sa femme, Lexie, invité par un des membres de la secte.

La première surprise est de taille. Alors qu’on lui avait annoncé la mort de Malachi, il apprend que ce dernier vit reclus sur une partie de l’île, protégé par une barrière électrique et une horde de caméras. Ce qu’est devenu Malachi est tabou. Joe est admis à visiter tout ce qui est commun à la communauté dont une chapelle qui se verrouille de l’intérieur, comme si l’on souhaitait se protéger d’une intrusion démoniaque. Joe est journaliste et il aime braver l’interdit. Il s’introduit sur les terres de Malachi pour en ressortir quasiment les pieds devant, totalement amoché. Les membres du culte lui signifient alors qu’il est persona non grata.

L’île aux trente cerceuils

Qu’importe, Joe n’aura de cesse que d’y retourner… pour être le témoin d’un horrible carnage : la mort des cultistes dans des conditions atroces. Au milieu du carnage, Joe Oakes découvre la fille de Malachi, celle qui est à l’origine des rumeurs. Victime d’une malformation, Angeline a une excroissance au niveau du rectum, qui s’apparente à une queue. Malachi est toujours vivant et il a juré qu’il se vengerait de Joe Oakes, qu’il ferait de sa vie un enfer. Joe, Lexie et Angeline emménagent dans une planque de la police pendant que cette dernière s’active. Le huis-clos qui s’ensuit fait émerger des sentiments que ni les uns ni les autres ne pouvaient prévoir. À mesure que le couple Joe/Lexie se détériore, une idylle se crée entre Joe et Angeline malgré les vingt ans qui les séparent, et la monstruosité physique d’Angeline. La tension est à son comble quand Malachi décide de frapper encore, malgré la surveillance des hommes de Struthers et Danso.

Mo Hayder revient avec un nouveau roman après le succès incontestable de Tokyo, unanimement et universellement reconnu. Tokyo a en effet reçu, en France, le Prix SNCF Polar 2005 et, en 2006 le Grand Prix des lectrices de Elle. Avec Pig Island, elle arpente les couloirs de la terreur. Genre qu’elle maîtrise parfaitement. Si de tous temps l’île a permis tous les fantasmes des écrivains et cinéastes – rappelons-nous celle du docteur No, le premier ennemi de James Bond à l’écran ou encore tout ce que cette terre entourée d’eau et à l’abri des regards a ouvert comme voies à Agatha Christie – ici, Mo Hayder y rajoute le mystère de cette lande écossaise, de cette terre qui a vu naître le monstre du loch Ness et qui a abrité le chien des Baskerville. Pendant tout le roman, on a l’impression de ne baigner que dans la pluie et la nuit, avec des cadavres de cochons à chaque pas.

Mais ce roman serait commun si Mo ne dépeignait plus précisément les caractères tourmentés de Joe Oakes et de sa femme, Lexie. Si Malachi Dove est en proie à une folie profonde, que dire de Lexie qui passe son temps à se créer des films sur l’amour que lui porte son ancien patron, et qui n’a pas jugé bon de prévenir son mari de son licenciement. Oakes est également dérangé et ne peut même pas avoir confiance en lui-même. L’arrivée au sein du couple d’Angeline mi-ange, mi-démon, ne va pas arranger les choses, bien au contraire. Ce qui différencie un bon thriller d’un mauvais, outre le talent d’écriture, est sans conteste la méticulosité que l’ont met à tisser la personnalité de ses personnages et à décrire leurs réactions face à l’horreur. Et Mo Hayder est passée maître en la matière. En cela, Pig Island est fascinant.

julien védrenne

   
 

Mo Hayder, Pig Island (traduit de l’anglais par Hubert Tézenas), Presses de la Cité coll. « Sang d’encre », mars 2007, 390 p. – 20,00 €.

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