Barbara Garlaschelli, Deux sœurs, Alicia Giménez Bartlett, Des serpents au paradis

Barbara Garlaschelli, Deux sœurs, Alicia Giménez Bartlett, Des serpents au paradis

Il faut se méfier des tandems de sœurs, surtout aux alentours de la quarantaine, quand elles tombent amoureuses !

Mars a abordé les rivages féminins et européens. Méditerranéens, surtout. Alicia Giménez Bartlett nous plonge dans une piscine paradisiaque de Barcelone, tandis que l’Italienne Barbara Garsaschelli plonge et replonge son couteau dans les plaies d’une famille dont n’ont survécu que deux sœurs. Deux romans en totale opposition de par leur style et leur trame, et qui enrichissent une collection toujours aussi attrayante. Ici, le huis clos est à l’honneur ainsi que les sœurs quadra- ou quinquagénaires. Certaines s’en sortiront, d’autres non.


 Barbara Garlaschelli, Deux sœurs

Elles sont deux sœurs à l’approche de la quarantaine qui n’ont connu de l’amour que les tourments que l’on dépeint faussement à la télévision. Elles habitent la grande maison familiale où elles ont passé leur enfance. Amélia est institutrice et prend sur elle de s’occuper de Virginia, sa sœur, qui s’est tournée vers un monde de rêve depuis sa plus tendre enfance. Toutes deux sont hantées par de terribles secrets et vivent dans un enfer, dans le néant. Dario est un joueur sans le sou. Il débarque un beau jour attiré par l’annonce proposant à la location une chambre à l’étage de la maison. Annonce qui fait partie des meubles depuis de longues années et que les deux sœurs avaient oubliée.

Il est séduisant et s’empresse de briser l’harmonie factice qui règne dans cet antre sordide. Les deux sœurs tombent amoureuses. Si Virginia est prête à tout, même à partager Dario, Amélia, qui a toujours pris toutes les décisions, en veut à mort à Dario de n’avoir pas fait son choix. Et de ne pas l’avoir choisie, elle. Aussi séquestre-t-elle Dario dans sa chambre, attaché par des bas aux montants de son lit en attendant de décider de son sort. À partir de cet instant, chacun des protagonistes se demande ce qu’il a fait pour en arriver là et se retourne sur son passé. Passé qui est tout sauf glorieux, taché de faiblesses et d’inconscience.

Barbara Garlaschelli réalise un petit bijou psychologique à base de courts chapitres qui nous enfoncent dans les méandres du cerveau de chacun des personnages. Deux sœurs a un dénouement double, noir et effrayant, mettant en avant la misère de l’âme humaine. Il n’est pas étonnant que ce roman ait reçu le prix Scerbanenco en Italie. Sa lecture laisse un goût amer dans la bouche : Virginia et Amélia traînent toutes deux leurs casseroles de famille, comme tout un chacun, à la différence qu’elles, elles n’arrivent pas à s’en défaire…


 Alicia Giménez Bartlett, Des serpents au paradis

El Paradis n’est qu’un nom, une devanture. Le Paradis n’existe pas, n’en déplaise à Sa Sainteté, dont la venue est annoncée à Barcelone. L’inspectrice Petra Delicado est en délicatesse avec tout le monde. Avec elle, surtout. Dans une enclave de yuppies, un avocat baigne dans une piscine. Cela n’aurait rien d’extraordinaire si cet homme y faisait quelques longueurs. Il est très peu recommandé de plonger dans une piscine quand on est inanimé. C’est pourtant ce qui est arrivé à Juan Luis Espinet. Petra va alors découvrir que le calme d’El Paradis n’est qu’apparent : ici, tout le monde couche avec tout le monde, et si personne n’avait de raisons d’assassiner un homme aimé de tous, chacun est un criminel en puissance.

Petra n’arrive pas à faire la part des choses, elle se prend donc le bec avec son adjoint, Garzón, le bouffeur de pizza, qui s’est mis dans de beaux draps lors de ses vacances. Car Garzón s’est offert le luxe de déflorer une séduisante quinquagénaire. Et elle et sa sœur le harcèlent maintenant. En bref, la vie n’est vraiment pas facile à Barcelone. Et quand deux clans de Gitans jouent du couteau, les choses ne peuvent que s’envenimer, et la belle et impétueuse Petra doit malheureusement s’en remettre aux voies impénétrables du Seigneur et aux mains de Di Marteri, son ambassadeur.

Des serpents au paradis est le cinquième volet des aventures de l’ancienne avocate, divorcée deux fois, devenue inspectrice principale dans cette mégapole qu’est Barcelone. Sous une apparence proche du café théâtre, Alicia Giménez Bartlett nous plonge dans un univers à l’ironie omniprésente, en mettant un point d’honneur à appuyer là où ça fait très mal : les rendez-vous manqués d’une vie. Et ils sont nombreux.

julien védrenne

   
 

-  Barbara Garlaschelli, Deux sœurs (traduit de l’italien par Sophie Bajard), Rivages coll. « noir » (n° 633), mars 2007, 200 p. – 8,00 €.
-  Alicia Giménez Bartlett, Des serpents au paradis (traduit de l’espagnol par Alice Déon), Rivages coll. « noir » (n° 636), mars 2007, 323 p. – 9,50 €.

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