Michaël Prazan & Gabriel Andrade, Le choc des Tyrans – t.02
Un orgueil démesuré et dévastateur !
Le premier tome a été essentiellement consacré aux approches des deux dictateurs l’un vers l’autre avec, par exemple, le Pacte germano-soviétique, avec les coulisses d’une alliance contre nature entre deux individus qui se vouent une haine idéologique féroce.
Le second volume débute à Berlin le 30 avril 1945. Le régime nazi s’effondre mais itler éructe encore. Il veut qu’on retrouve Heinrich himmler, qui négocie dans son dos avec les Américains et demande qu’on le fusille sur le champ. Une vignette montre Magda Goebbels et ses six enfants avant qu’elle ne les empoisonne et que le couple fasse de même. Il fait venir le contre-amiral Voss et lui demande de ne traiter qu’avec staline étant donné qu’il est admiratif de ce que ce dernier a fait. Car quatre ans plus tôt, le 21 juin 1941, hitler a déclenché l’invasion de l’Union soviétique.
À Moscou, Beria se heurte au refus de staline de le recevoir. Il vient lui annoncer que toutes les lignes de défense sont rompues et que les pertes sont énormes. Sa fille, Svetlana, se fâche et lui crache que c’est de sa faute. Il n’a pas voulu tenir compte des avertissements. Mais il réfute ces arguments et assène que staline ne peut pas se tromper. Il faut se débarrasser de Richard Sorge cet espion qui les a informés. Personne ne doit être au courant et il charge Beria de négocier une paix séparée…
Avec cette trilogie, Michaël Prazan braque le projecteur sur deux monstres, sur deux régimes dictatoriaux que tout oppose. Il décrit ces deux déchets d’humanité dans leur fragilité, dans leurs hésitations, leurs indécisions. Il montre leurs erreurs, leurs faiblesses, mais surtout leur orgueil et leur mépris pour la vie humaine. L’un et l’autre n’hésitent à faire exécuter, à mener à la boucherie des hordes de femmes et d’hommes. Ce sont aussi les massacres que leurs armées perpétuent selon des critères peu croyables.
Le scénariste offre une plongée dans une mécanique totalitaire mise en scène avec un grand réalisme. On mesure, à la lecture, ce qui les fascine dans l’autre. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec deux individus qui occupent l’actualité, aussi ignobles l’un que l’autre.
Gabriel Andrade assure le dessin et Sébastien Bouet la mise en couleurs. Avec un trait d’un grand réalisme, il campe des personnages bien ressemblants, que ce soit les nombreuses vignettes avec staline en gros plans, le nombre plus restreint pout hitler. Les décors semblent correspondre à la réalité. L’atmosphère de ces jours sombres est fort bien restituée par un ensemble de teintes où le brun domine.
C’est volontairement que je souhaite enfreindre la règle de grammaire qui impose une majuscule aux noms propres. Ceux-ci ne le méritent pas, c’est faire injure à tous les autres.
Ce récit historique démontre que, quel que soit le régime politique, celui-ci peut basculer dans le totalitarisme, dans la dictature quand arrive à la tête de la nation des individus ivres de pouvoir. Le scénario apporte de nombreuses révélations sur ces deux tyrans et la mise en images renforce l’intérêt pour des événements pourtant bien connus.
serge perraud
Michaël Prazan (scénariste), Gabriel Andrade (dessinateur) & Sébastien Bouet (coloriste), Le choc des Tyrans – t.02, Glénat, coll. Hors Collection, septembre 2026, 64 p. – 16,00 €.