Michael Bastow, Confinement Drawings (Variations on the Odalisque and Pinocchio’s Nose) (exposition)
Prisonnier de ses propres fantasmes
Michael Bastow présente une série de nus dessinés pendant les deux dernières années de pandémie. Il a créé ces pastels sans recourir à des modèles.
Il a utilisé comme base une centaine de portraits de nu qu’il avait réalisés à Paris dans les années 80 et 90.
Par ces modèles (amies du peintre), se dégage une impression de complicité et de provocation. Leurs poses suggestives situent le regardeur en voyeur dans l’ambiguïté des relations de l’artiste et du modèle.
Il y réinterprète le mythe de Pygmalion là où, par de telles visions a priori factices, le regardeur devient lui-même prisonnier de ses propres fantasmes.
Ces nus font références à l’histoire de l’art. Entre autres les odalisques de Matisse, mais aussi des rapports à Manet, Courbet et Rodin comme à l’érotisme et la fausse pudeur des artistes de la Renaissance dont Titien.
Quant à la série « Kindergarten » avec le nez de Pinocchio , elle fait allusion au travail des expressionnistes allemands Beckmann, Heckel et Grosz voire possiblement à Jim Dine.
L’artiste a inventé certains de ses personnages en combinant des éléments de plusieurs dessins. L’ensemble génère un dynamisme nouveau par transformations et recompositions. Et répond à ce que Roland Topor disait à son propos : « le peintre s’acharne à peindre des femmes pour leur donner ce qu’elles n’ont pas : son désir ».
Ses personnages féminins sont autant chasseuses que chassées. Elles sont aussi les actrices de scènes hors champ que nous voyons avec leurs yeux tout en étant saisis par eux.
jean-paul gavard-perret
Michael Bastow, Confinement Drawings (Variations on the Odalisque and Pinocchio’s Nose), J-M Oger, Paris, du 1 au 9 avril 2022.