Mes « moi » difficiles
(et leurs jours)
Rien n’est une bêtise de vouloir être qui nous devenons. Certes, demeurent souvent des accidents fâcheux afin d’y parvenir mais, comme les autres, je collabore avec moi pour devenir humain au-delà de mes défaillances, mes sourires et parfois ma détresse telle qu’elle existe comme dans diverses têtes où une de leur moitié peut faire bonne figure pour tromper l’autre. Mon imagination crée en moi une tierce personne. Elle me surprend ou me fait honte – mais je dramatise tant elle est devenue familière dans mon existence.
De manière générale, elle devient en moi mon tiers payeur. Il n’est pas question d’interpréter ses symboles sur ma scène où je joue le rôle des différents acteurs. Mes profondeurs y restent cachées tant je jongle avec le tiers ou la moitié de ma personne car je ne m’appartiens pas ni ne me contient. Mais je prétends à une sorte de liberté pour affirmer ma fantaisie qui me fut vraiment propre mais que je ne pouvais revendiquer. Pour m’en assurer au sein de de mes « moi » coercitifs, j’entretiens toute ma vie. On veut m’en arracher mais nul ne saura par quel bout la prendre.
jean-paul gavard-perret
Photo : Laetitia Corbomecanik