Hugo Paviot, La musique adoucit les morts
Un polar au ton nouveau
Cinéphile, mélomane, Amboise Lecendre, surnommé Mélo, est commissaire de police à Clermont-Ferrand. Alors qu’il rentre de visionner un polar, un appel le mobilise. Il retrouve Dupuy, son adjoint, devant le cadavre d’une dame, proche de la cinquantaine, étalée sur des marches, uniques vestiges du château de Bellerive. L’endroit l’interpelle car depuis des années il tente d’élucider les meurtres de trois hommes retrouvés sur les lieux. Cette femme est le quatrième cadavre découvert sur le site de l’Ecopôle du Val d’Allier. C’est là que Georges Onslow avait fait construire son château, aujourd’hui disparu.
Ces lieux, après la mort du musicien, ont été occupés par une famille jusqu’à sa revente pour en faire une gravière, la fortune de l’exploitant et la démolition de la demeure.
Les trois meurtres commis entre mai 2018 et décembre 2019 ont un lien avec la zone et son exploitation. Or, la mort de Constance Agathe de la Chavalière, 48 ans, antiquaire et directrice d’une galerie d’art à Paris semble n’avoir aucun lien avec les précédents sauf l’endroit et un signe religieux.
Et Mélo continue d’enquêter, se fourvoie, se lance sur de mauvaises pistes, remet à plat tous les éléments en sa possession…
Le romancier propose une enquête qui se déroule sur plusieurs années, commençant en début février 2022 avec les bruits de bottes à la frontière ukrainienne, pour se terminer en fin 2025. Hugo Paviot montre les méandres d’une enquête, les pistes improbables, les individus plus ou moins suspects, pour arriver à une conclusion obtenue dans la douleur.
Le récit offre une belle place à la musique avec un commissaire qui joue du violoncelle, fait partie d’un quintette amateur. Mais c’est avec Georges Onslow qu’il installe une partie de son intrigue à partir des lieux où le musicien fit construire un château. Aujourd’hui connu de quelques mélomanes, ce compositeur (1784 – 1853) a occupé une place importante dans la musique du XIXe siècle.
L’auteur tisse une intrigue subtile dont il quasiment impossible de deviner le dénouement sans avoir largement progressé dans le récit.
Fait assez rare dans la littérature, Hugo Paviot fait vivre à son héros un quotidien ordinaire, les vicissitudes de l’actualité réelle, le montrant inquiété par l’invasion de l’Ukraine, écœuré par la naïveté, pour ne pas dire plus, et l’incompétence de la plupart des dirigeants européens, la Présidente de la Commission, en tête. Il porte un jugement très sévère, mais si juste, sur cet individu qui vit à Mar-a-Lago et brosse un portrait peu élogieux de poutine.
Il fait de Mélo, originaire de Montferrant, un inconditionnel de cette commune qui a été, par un décret, rattaché à Clermont pour créer Clermont-Ferrand.
Avec son commissaire vieillissant, qui pense à la retraite tout en la redoutant, Hugo Paviot offre un roman au ton nouveau qui montre le travail réel des policiers dont les enquêtes progressent à petits pas et pour ce personnage particulièrement attachant.
serge perraud
Hugo Paviot, La musique adoucit les morts, Éditions de l’aube, coll. Aube Noire, février 2026, 264 p. – 18,90 €.